Le Club Memori
Pour ceux qui veulent comprendre, maintenir et améliorer leur mémoire.
Vulgarisation scientifique, méthodes, trucs et astuces pour bien mémoriser.

Les enfants devraient apprendre à mémoriser mais on n’apprend pas ça à l’école. Et ça se paye souvent à l’âge adulte quand la soif de découverte ne compense plus le manque de technique pour bien mémoriser. Alors sans doute faut-il s’en mêler un peu. Voici donc 8 trucs et astuces pour enfants.

Précision: l’infographie pédagogique ci-dessous n’est pas de moi. Je l’ai trouvé sur Hoptoys.fr. C’est une reprise en images d’une publication du site de Caroline Jambon que j’évoquerai en fin d’article. La voici sans attendre, avec mes commentaires.

Attention, chacun de ces “trucs” pourrait donner lieu à 10 pages de développement. J’ai préféré être succinct et vous renvoyer à d’autres articles pour approfondir les points qui vous intéressent.

1- La méthode des loci

Au fait, la méthode des loci c’est pareil que la méthode des lieux mais en latin, (loci est le pluriel de locus = lieu), ça fait nettement plus chic… ;-).

Quoi qu’il en soit, il peut paraitre étonnant de faire pratiquer la méthode des lieux à des enfants. Et pourtant… à ce jeu-là ils sont meilleurs que nous ! Pourquoi ?

D’abord parce qu’ils prennent ça comme un jeu. Ensuite parce que rien ne les étonne. Il n’y a que des adultes pour faire la moue devant des mnémoniques ou des moyens mnémotechniques…

Vous trouverez tout ce qu’il faut savoir sur la méthode des loci dans cet article. Un conseil, prenez les lieux dans un endroit bien connu de l’enfant et surtout peu encombré. Ne considérez comme “lieu” que des éléments inamovibles (porte, placard, fenêtre, radiateur etc. Si vous ne connaissez pas la méthode ce que je vous dit ne doit pas beaucoup vous parler. Alors faites un saut sur l’article indiqué ci-dessus.

La méthode des lieux est très efficace pour les listes mais elle est assez flexible. Elle se fonde sur la nature associative de la mémoire. Je m’en suis déjà servi pour retenir le sommaire un peu long d’une intervention orale, par exemple.

2- La schématisation

La schématisation, c’est ce que j’appelle généralement l’organisation dans ce présent blog. L’organisation, tout comme la table des matières d’un écrit, reflète le contenu et constitue un plan de récupération.

C’est un moyen mnémotechnique naturel qui correspond au fonctionnement interne de la mémoire. Car elle aussi, elle organise son contenu. Lui proposer du contenu déjà organisé lui facilite grandement la vie. Et vous facilite la remémoration. Schématiser ou organiser revient généralement à faire un plan arborescent qui facilite la “récupération”, c’est à dire la remémoration des informations.

Vous saurez tout sur les indices de récupération et les plans de récupération dans un article spécialement écrit dans le but de faire comprendre leur importance.

Toutefois, c’est moins évident avec les enfants. Tout dépend de leur âge évidemment. Quand ils sont jeunes on peut toutefois les sensibiliser à l’ordre dans lequel les choses se passent dans une histoire par exemple. Qu’est-ce qui est au début, que se passe-t-il après? Et ensuite? Etc. Des jeux avec des morceaux d’historiette à remettre dans l’ordre sont parfaitement indiqués pour tester et entraîner leur sens de la temporalité. Le schéma logique viendra plus facilement ensuite.

Attention: ne faites pas trop long et limitez les articulations. Un total de 5 parties, 5 “chapitres” si vous voulez, est un maximum. Cela correspond à un empan moyen. L’empan est la quantité d’éléments que la mémoire à court terme peut contenir en instantané. Il ne faut pas la surcharger et faire en sorte que l’enfant réussisse.

3- Les images mentales et les histoires

Les images mentales

On parle parfois de visualisation. Il s’agit d’imaginer ce que l’on veut retenir, de s’en faire une image. Prenons par exemple le début de ce poème de Robert Desnos:

” Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ça n’existe pas, ça n’existe pas

Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards
Ça n’existe pas, ça n’existe pas “

La visualisation consiste, au lieu d’en rester au lexique, à imaginer la scène. En se faisant une image de cette fourmi géante avec son chapeau on effectue un double codage, à la fois sémantique et imagé. Cela produit une mémorisation plus solide et une remémoration plus facile.

On peut demander à l’enfant d’imaginer sa fourmi, avec tous les personnages, de les décrire, de les 0dessiner… Il n’y a pas lieu d’insister sur l’apprentissage, il se fera de lui-même.

Les histoires

A noter que le poème ci-dessus coche les deux cases car c’est aussi une histoire. Le cerveau humain est extrêmement réceptif aux histoires. La structure narrative se prête extraordinairement bien à la remémoration. C’est pourquoi vous retiendrez bien mieux et plus longtemps une fable qu’un inventaire d’huissier de même longueur.

C’est en grande partie parce que les histoires activent à la fois l’imagination et la mémoire sémantique. Il se trouve que ce sont deux ingrédients puissants de la remémoration.

Avec les enfants on peut inventer des histoires avec à peu près tout. Avec des listes. Avec des notions de grammaire. Avec mon fils je me souviens, par exemple, d’avoir traité les différences de prononciation entre le c et le ç avec une histoire de “c farceur” qui trichait en se mettant une “queue” pour être prononcé autrement. Inutile de vous dire qu’il repérait tous les “c farceurs” de loin…

Un autre type d’histoires qui amusent les enfants c’est l’histoire à dormir debout. Elle consiste à fabriquer une histoire sans queue ni tête avec les éléments à mémoriser que l’on fait interagir de façon loufoque sans se préoccuper de la crédibilité. Et ça se mémorise tout seul…

Evidemment les listes se prêtent très bien à ce jeu. En particulier les listes de courses. Si vous mémorisez (et faites mémorisez) la liste de cette manière je vous prédis que vos enfants vont moins rechigner à faire les courses avec vous.

Mais c’est utilisable pour de nombreux autres cas. Soyez inventif.

4- L’arrosage (en fait les répétitions espacées)

Arrosage est un drôle de terme, un peu jardinier. Mon esprit plus techno préfère parler de répétitions espacées, sachant que les répétitions sont de plusieurs natures: révisions, répétitions à proprement parler, réitératuin de gestes ou réutilisation régulière de connaissances ou de vocabulaire.

C’est Ebbinghaus qui a découvert qu’il lui fallait moins de répétitions pour retenir une liste d’onomatopées s’il les faisait sur plusieurs jours. C’est donc une ancienne découverte. Mais les vérifications contemporaines lui ont donné raison: c’est plus efficace.

D’après les expériences récentes l’apprentissage distribué (c’est le nom scientifique) fait économiser plus de 40 % de temps par rapport à l’apprentissage “massé”. Ca, c’est le nom scientifique de ce que vous faites quand vous bachotez comme un bourrin…

Pour tout savoir (ou presque) sur les répétitions espacées, c’est là…

5- La pensée positive

L’infographie présente un aspect limité de la pensée positive. A savoir s’amuser, mettre de l’humour et des émotions dans la mémorisation. La pensée positive va bien au-delà de ça mais souvenons-nous que nous parlons d’enfants.

Il est effectivement bien établi depuis l’Antiquité qu’associer ce que l’on veut mémoriser à d’autres éléments est un bon moyen de faciliter la remémoration. Surtout s’ils sont forts en émotions ou complètement déjantés. Cicéron ne faisait rien d’autre pour avoir en tête tous les chapitres de ses plaidoiries.

Sauf qu’il n’hésitait pas à utiliser aussi bien des images négatives, voire sanglantes… Et même plus volontiers que des images positives. Ce n’est probablement pas le mieux pour des enfants jeunes…

Je retiendrai donc ici uniquement le terme de “pensée positive” au sens de pensée amusante, humoristique. Et c’est vrai que s’amuser avec la mémorisation, jongler avec ce qu’on veut mémoriser, en faire des histoires, y mettre de l’émotion amuse toujours les enfants. C’est donc un rappel de ce qu’on a déjà vu plus haut. Et quoi de mieux que d’apprendre, quasiment sans s’en rendre compte, en s’amusant ?

6- La manipulation

J’ai un passé de formateur et dans la confrérie il y avait un adage qui disaitt que l’on retient:

  • 10% de ce qu’on lit
  • 20% de ce qu’on entend
  • 30% de ce qu’on voit
  • 50% de ce qu’on voit et entend
  • 70% de ce qu’on dit
  • 80% de ce qu’on fait et qui nous importe
  • 90% de ce qu’on fait et qui nous importe en en parlant à quelqu’un

C’est évidemment approximatif et vous en trouverez diverses versions légèrement différentes. Mais cela correspondait à des observations de terrain. Aujourd’hui, de surcroit, c’est démontré par des expériences. Faire n’implique pas uniquement la mémoire sémantique ou lexicale. Cela implique aussi la mémoire procédurale, la mémoire motrice, la mémoire autobiographique…

Ce sont nos mémoires les plus solides. Une fois les choses acquises, elles ne demandent pas autant de répétitions que les mémorisations ne mettant pas en jeu la motricité.

Si vous ne faites pas de vélo pendant 10 ans votre savoir faire ne sera pas perdu. Quelques minutes de remise en selle vous suffiront.

En revanche si vous ne faites plus depuis 10 ans un numéro de téléphone que vous utilisiez autrefois tous les jours, vous l’aurez oublié. Mais vous allez peut-être le retrouver en simulant le numérotation sur le cadran. Votre mémoire motrice retrouvera souvent les gestes à faire pour composer le numéro.

Bref: écrire, dessiner, classer, faire des schéma, mettre en scène ce que l’on apprend aide à le retenir et à le retrouver ultérieurement. Et si vous discutez avec vos enfants de ce qu’ils font, de ce qu’ils apprennent leur donne encore d’autres canaux pour retrouver plus facilement les informations engrangées.

7- La personnalisation et l’association

J’avoue ne pas bien comprendre ce que l’auteur entend par personnalisation. La mémoire est toujours personnalisée, ça se fait tout seul. C’est pourquoi ma mémoire d’un évènement ne coïncide pas avec la votre, même si vous avez vécu le même.

Dès l’enfance on mémorise les apprentissages que l’on fait en fonction de ses centres d’intérêt et des informations que l’on a déjà mémorisées. C’est une processus automatique.

L’association, quant à elle, est un des principe majeurs du fonctionnement naturel de la mémoire. Et la mnémotechnie, dont il est question ici, a comme principe majeur les associations. C’est pourquoi mémoire et mnémotechnie sont faits pour s’entendre.

La méthode des lieux associe un élément à mémoriser avec un un “lieu” déjà mémorisé. L’utilisation d’un indice de rappel déjà connu (le lien vers l’article qui traite ce sujet est donné plus haut) consiste à l’associer à un élément nouveau à mémoriser. Etc. Dès qu’on parle de mémoire, le principe associatif est partout.

Le cartouche n°7 ci-dessus est un bon exemple d’association entre un élément sémantique (le verbe allumer) et une image (les 2 bougies) qui permet de retrouver l’orthographe avec sa consonne double. Notez que si l’enfant fait lui-même le dessin la mémorisation sera encore plus solide.

Je vous recommande à ce sujet les images mnémotechniques de Zélie Tocayenne sur Pinterest.

Associez, associez, il en restera toujours quelque chose.

8- L’échange

On a déjà effleuré le sujet avec le truc n°6. Développons. On se souvient de ce que l’on dit, c’est une évidence pour tout le monde. Les raisons sont multiples.

  • ce que vous dites fait l’objet d’une élaboration sémantique et la mémoire sémantique est votre mémoire principale impliquée dans la plupart des mémorisations. Elle est très solide.
  • a priori, si vous ne parlez pas pour ne rien dire, ce que vous dites a une importance à vos yeux (c’est moins sûr pour celui à qui vous parlez 🙂 ) et c’est plus facile à mémoriser que ce qui vous importe peu.
  • cela implique votre mémoire autobiographique (vous trouverez parfois l’appellation “mémoire épisodique”, c’est la même chose) qui stocke tout ce que vous vivez, tous les épisodes de votre vie.

Parler, échanger un un vecteur très efficace de mémorisation. Echangez avec vos enfants !

Une autre façon, extrêmement efficace, de bien mémoriser consiste à enseigner ce qu’on apprend. Enseigner ? Oui ! Et même un enfant peut enseigner, par exemple à vous ou à son nounours peu importe. Il n’y a rien de tel que d’expliquer quelque chose à quelqu’un pour le retenir.

Cela suppose seulement de comprendre ce qu’on a appris. Ensuite peu importe que l’enfant l’explique à son grand-père, à une poupée ou à son chat… Même si c’est un peu mieux avec une interaction humaine.

Le jeu “faire classe” était très fréquent lorsque j’allais à l’école primaire. Je ne sais pas si c’est toujours le cas mais il vaut la peine d’être remis à l’honneur. Un parent peut très bien jouer à l’élève et demander qu’on lui fasse cours… Ce sera sûrement moins rébarbatif pour l’enfant que réviser dans son coin et ce sera plus efficace.

Conclusion

Si vous êtes parent, j’espère que ces 8 trucs et astuces vous seront utiles. L’infographie appartient au site Hoptoys.fr qui l’a construit à partir “d’astuces” de Caroline Jambon, autrice du blog “apprendre à éduquer” et de nombreux ouvrages. Je vous suggère d’ailleurs de jeter un coup d’œil à un autre échantillon de ce qu’elle écrit : méthodes pour réviser, mémoriser et apprendre efficacement.

Et puis en prime un petit florilège de quelques moyens amusants pour mémoriser à partager avec vos enfants, que vous trouverez sur mon blog.

Prenez soin de vous… et de vos enfants. 🙂

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Enfants: 8 astuces pour mieux mémoriser
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Enfants: 8 astuces pour mieux mémoriser
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Les enfants n'apprennent pas à mémoriser à l'école? Je vous donne ici 8 astuces pour leur apprendre à mieux mémoriser tout en ayant le sentiment de s'amuser.
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Le Club Memori