L’hippocampe : mémoire, émotions et navigation spatiale
C’est un tout petit bout de votre cerveau. Et pourtant, sans lui vous ne seriez plus vous-même. Vous ne sauriez plus rien de votre vie Et, au sens propre, sans lui, vous ne sauriez même plus où vous vous habitez.
Dans votre cerveau, c’est une structure cérébrale discrète et pourtant absolument déterminante pour votre vie mentale. Pourquoi porte-t-il le nom du petit cheval de mer ? Parce que, en coupe, il en a la forme. Et voilà pourquoi cette appellation poétique désigne un pilier de votre existence. Celui qui fait de vous un être humain capable de vous souvenir, de vous repérer et de donner du sens à votre expérience.
D’un point de vue strictement anatomique, l’hippocampe est vraiment minuscule. Son volume avoisine les 3,5 cm³, soit environ cent fois moins que celui du cortex cérébral. Une structure presque insignifiante ? En apparence. Pourtant, cette petite région joue un rôle central dans des fonctions cognitives majeures : la mémoire, l’orientation dans l’espace, la régulation émotionnelle, et même la capacité à se projeter dans le futur. On peut dire que c’est l’hippocampe qui fait de vous ce que vous êtes.
Comment une structure aussi réduite peut-elle être aussi déterminante pour votre identité, vos souvenirs et votre rapport au monde ? La recherche scientifique commence à le comprendre.
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1. Anatomie et localisation
L’hippocampe se situe profondément dans le cerveau, au sein du lobe temporal médian. Vous en avez en réalité deux : un dans chaque hémisphère cérébral. Cette organisation bilatérale n’est pas anodine, car elle permet une certaine redondance fonctionnelle.
Mais il y a aussi une spécialisation partielle. Par exemple l’hippocampe gauche excelle dans le traitement des informations verbales. L’hippocampe droit est plutôt dévolu aux informations visuelles ou spatiales.
L’hippocampe appartient à ce que l’on appelle le système limbique, parfois désigné comme le « cerveau émotionnel ».
Ce réseau regroupe plusieurs structures interconnectées, dont l’amygdale impliquée dans la gestion des émotions (comme la peur), l’hypothalamus qui régule des fonctions vitales (comme le stress ou la faim), ainsi que d’autres régions jouant un rôle clé dans la motivation, la mémoire et les comportements adaptatifs.
L’hippocampe occupe une place stratégique dans cet ensemble : il fait le lien entre les émotions et les souvenirs.
Sans entrer dans les détails, on peut distinguer quelques sous-régions importantes. Le gyrus denté joue un rôle clé dans la formation de nouveaux souvenirs et dans la discrimination entre des expériences similaires.
Les cornes d’Ammon (aviez-vous déjà entendu parler des cornes d’Ammon ?) interviennent dans le traitement et la consolidation des informations, notamment spatiales. On les subdivise en 4 régions (C1 à C4) qui ont chacune leur spécialité.
Ces différentes parties fonctionnent de manière coordonnée, comme les sections d’un orchestre. La « symphonie » qui en résulte, c’est le corpus de vos expériences transformées en souvenirs durables.
Ainsi, derrière son apparente insignifiance anatomique, l’hippocampe révèle une organisation d’une grande sophistication.

2 L’hippocampe, chef d’orchestre de la mémoire.
Ce que fait l’hippocampe
L’hippocampe joue un rôle central dans ce que l’on appelle la mémoire épisodique. C’est la mémoire de vos épisodes de vie, autrement dit votre mémoire autobiographique. Il s’agit de capacité à mémoriser et à vous rappeler les événements vécus.
Par exemple, un repas entre amis, une rencontre, un moment précis dans un lieu donné. Contrairement à une idée répandue, il ne se contente pas de « stocker » des souvenirs. Son rôle est bien plus dynamique : il encode, organise et oriente les informations pour permettre leur transfert de la mémoire à court terme vers la mémoire à long terme, principalement stockée dans le cortex cérébral.
Autrement dit, tant qu’à rester dans la métaphore musicale, l’hippocampe agit comme un véritable chef d’orchestre. Il coordonne différentes informations, sensorielles, émotionnelles, contextuelles, pour créer une trace cohérente de l’expérience vécue. Sans lui, les éléments d’un souvenir resteraient dispersés, incapables de former un épisode mémorable structuré.
Ce que ne fait pas l’hippocampe
Il faut distinguer ce que fait l’hippocampe… et ce qu’il ne fait pas. Il est impliqué dans la mémoire déclarative (celle que vous pouvez verbaliser), en particulier la mémoire épisodique.
En revanche, il n’intervient pas dans la mémoire procédurale, qui concerne les automatismes comme faire du vélo, conduire ou jouer d’un instrument. Ces compétences reposent sur d’autres structures cérébrales, notamment les ganglions de la base et le cervelet.
Cette distinction a été mise en lumière de manière spectaculaire grâce au cas de Henri Molaison. C’est l’un des patients les plus étudiés de l’histoire des neurosciences sous le nom de « patient HM ».
Dans les années 1950, pour traiter une épilepsie sévère, une partie de son hippocampe lui a été retirée. L’opération a permis de réduire ses crises, mais elle a entraîné un effet inattendu : Henri Molaison est devenu incapable de former de nouveaux souvenirs épisodiques.
Il vivait donc dans un présent perpétuel. Il pouvait à peu près tenir une conversation, mais oubliait ce qui venait d’être dit quelques minutes plus tard. Pourtant, il conservait intactes ses capacités d’apprentissage moteur : il pouvait apprendre de nouvelles tâches, comme dessiner en miroir, sans se souvenir les avoir déjà apprises ou pratiquées.
La neuropsychologue Brenda Milner, qui a longuement étudié ce patient, résumait ainsi cette découverte fondamentale : la mémoire n’est pas un système unique, mais un ensemble de systèmes distincts. Le cas H.M. a ainsi permis de démontrer que l’hippocampe est indispensable à la formation de nouveaux souvenirs déclaratifs, mais non aux apprentissages procéduraux.
Et s’il faisait plus qu’on ne le pensait ?
Plus récemment, les travaux de Francis Eustache (Inserm, Caen) ont enrichi cette vision. Ils montrent que l’hippocampe ne se contente pas d’un rôle temporaire dans la consolidation des souvenirs.
Il pourrait également être impliqué dans le stockage à long terme de la mémoire épisodique, notamment pour les souvenirs riches et détaillés. Cette idée nuance les modèles classiques. Selon ceux-ci, les souvenirs, « envoyés dans la mémoire à long terme » deviendraient totalement indépendants de l’hippocampe. Eh bien, ce n’est peut-être pas toujours le cas.
En tout cas, loin d’être un simple relais, l’hippocampe apparaît comme un système actif. Il œuvre dans la construction, l’organisation et parfois même la conservation de votre histoire de vie. Sans lui, vous pourriez encore apprendre, du moins dans le domaine de la mémoire procédurale, mais vous ne pourriez plus vraiment vous souvenir de votre vie.
3- La navigation spatiale :
Notre GPS intérieur
C’est peu connu, mais l’hippocampe joue aussi un rôle fondamental dans votre capacité à vous orienter dans l’espace. Il participe, avec une région voisine (le cortex entorhinal), à un véritable système de navigation. Disons-le, c’est carrément un GPS cérébral !
Ce système repose sur deux types de neurones complémentaires.
D’un côté, les cellules de lieu. Situées dans l’hippocampe, elles s’activent lorsque vous vous trouvez dans un endroit précis. Elles répondent en quelque sorte à la question : « Où suis-je ? Chaque cellule de lieu correspond à une position spécifique dans votre environnement.
De l’autre côté, les cellules de grille. Localisées dans le cortex entorhinal, elles fonctionnent différemment. Elles construisent une sorte de quadrillage de la représentation de l’espace, permettant de calculer les distances, les directions et les trajectoires. Elles répondent plutôt à la question : « Comment me déplacer dans cet espace ? ».
En vérité, ce quadrillage, est plutôt un « triangulage ». En effet, les cellules en question projettent sur l’espace une grille formée de triangles équilatéraux et non pas de carrés. Mais peu importe, cela revient au même. Notre position est enregistrée dans un de ces triangles. Et quand nous nous déplaçons, notre position est mise à jour comme avec un GPS.
Ensemble, ces deux systèmes vous permettent non seulement de savoir où vous êtes, mais aussi de savoir vous déplacer efficacement d’un point à un autre, même dans des environnements complexes.
L’importance de cette découverte a été reconnue au plus haut niveau scientifique. Elle a valu le Prix Nobel de physiologie ou médecine 2014, à John O’Keefe, à May-Britt Moser et Edvard Moser. Leurs travaux et leurs découvertes étonnantes, ont profondément modifié notre compréhension de la façon dont le cerveau représente l’espace.
Quand l’hippocampe grossit…
Saviez-vous que si vous faites un usage intensif de ces neurones spécialisés, vous faites grossir vos hippocampes ? Cette découverte n’a pas eu le Nobel, mais elle est incontestable.
Un exemple particulièrement parlant illustre cela : celui des chauffeurs de taxi londoniens. Pour obtenir leur licence, ils doivent passer un examen qui demande des années de préparation. Il faut dire qu’ils doivent mémoriser environ 25.000 rues !
Ils doivent surtout être capable de déterminer le plus court ou le plus rapide chemin entre tout point de Londres et n’importe quel autre. Et sans GPS. Et cela dans une ville au plan particulièrement complexe.
Une célèbre étude d’Eleanor McGuire, neuroscientifique à l’University College de Londres, a défrayé la chronique au début des années 2010. Elle montrait que chez ces taximen, l’hippocampe postérieur (impliqué dans la navigation spatiale) prenait du volume.
La prise de volume la plus significative revenait aux lauréats de l’examen. Les recalés montraient un moindre développement. Et enfin, les participants du groupe témoins n’en montraient aucun. Autrement dit, plus on utilise intensivement le « GPS interne », plus cette structure se renforce.
Cette découverte a valu un prix « Ig Nobel ». Un Nobel de consolation ? Pas du tout. Je veux parler du prix Ig Nobel (se prononce à peu près comme « ignoble » !) organisé par le magazine scientifique humoristique Annals of Improbable Research.
Il récompense des recherches scientifiques inhabituelles voire humoristiques, qui peuvent amuser, puis faire réfléchir. Par exemple, un Ig Nobel a été décerné en 2005 à deux français qui ont démontré pourquoi un spaghetti ne peut pas être cassé en deux… il se casse toujours au moins en trois morceaux.
Ne riez pas, l’un des plus célèbres prix Nobel de physique, Richard Feynman, s’y était essayé sans succès ! Par ailleurs, il y a de vrais prix Nobel dans le jury, c’est du sérieux. Bref, Eleanor a eu un Ig Nobel pour sa recherche, et c’est mérité.
Quand le GPS interne se détraque
Ce n’est pas si rare. Par exemple, dans la maladie d’Alzheimer, l’un des premiers symptômes observables est la désorientation spatiale : difficulté à se repérer, à retrouver son chemin, même dans des lieux familiers.
On sait que cela s’explique par l’atteinte précoce de l’hippocampe. Le grand public sait moins que ce sont des régions associées, en particulier celles qui font travailler ces fameuses cellules de lieu et de grille qui sont touchées.
Ainsi, votre capacité à vous orienter dans le monde, souvent considérée comme un acquis, peut se détraquer. Nous avons affaire à un système neuronal d’une grande sophistication, mais d’une certaine fragilité. J’y reviendrai dans le 6ème chapitre.
J’espère que vous suivez toujours ? Vous lisez un de mes articles les plus arides mais la bonne nouvelle, c’est que personne ne vous en voudra si vous ne retenez pas les détails…
4. L’hippocampe et les émotions
L’hippocampe n’intervient pas directement dans les émotions. C’est l’amygdale qui est à la manœuvre. C’est une structure voisine, intégrée elle aussi au système limbique. Lorsqu’un stimulus active une réaction émotionnelle, elle déclenche une émotion au sens large, avec ses composantes physiologiques.
L’hippocampe, lui, donne un contexte aux émotions. Il répond aux questions comme : où cela s’est-il produit ? quand ? dans quelles circonstances ? Autrement dit, il inscrit l’émotion dans une histoire, dans un épisode cohérent. Sans cette contextualisation, les émotions resteraient brutes, difficiles à relier à une expérience précise.
Cette collaboration entre amygdale et hippocampe permet ainsi de se souvenir d’un événement marquant en y associant à la fois un lieu, une période et une tonalité émotionnelle. Mais cette interaction peut dysfonctionner, notamment en cas de stress chronique.
En effet, l’hippocampe y est particulièrement sensible. Il est riche en récepteurs aux glucocorticoïdes, et notamment au cortisol, l’hormone du stress. À court terme, cela rend le stress adaptatif. Il vous aide à réagir efficacement à une situation exigeante. Mais lorsqu’il devient prolongé, l’exposition répétée au cortisol devient délétère.
Des recherches ont montré qu’un stress chronique altère le fonctionnement de l’hippocampe et perturbe la mémoire. Dans certains cas, le volume de l’hippocampe se réduit. Pourquoi ? Parce que le cortisol freine la neurogenèse et altère les connexions neuronales. Il peut aussi être directement toxique pour certaines cellules.
Notez qu’on observe aussi une diminution du volume hippocampique chez de nombreuses personnes anxieuses ou dépressives, souvent stressées par ailleurs. Et bien sûr des troubles de la mémoire et à une difficulté à se projeter dans l’avenir.
On pourrait dire que l’hippocampe est le metteur en scène des émotions : il leur donne un cadre, une cohérence, une place dans votre histoire. Mais il est vulnérable face au stress prolongé.
5. La neurogenèse : l’hippocampe se renouvelle-t-il ?
Un dogme disqualifié
Un dogme a dominé longtemps les neurosciences : les neurones du cerveau adulte ne se renouvellent pas. Pourtant, en 1998 une étude a prouvé que si. A petite vitesse, il est vrai. On appelle ça la neurogenèse, et elle se produit essentiellement dans l’hippocampe. Pour être précis dans le gyrus denté.
Cette structure se révèle en effet capable de produire 700 neurones par jour tout au long de la vie. Pas beaucoup ? Attendez ! Ça fait quand même dans les 255.000 neurones par an. Et au bout de 60 ans ça en fait plus de 15 millions. Ah tiens ? C’est justement le nombre de neurones de l’hippocampe…
Quelle bonne surprise. Ce dernier se renouvellerait donc intégralement au cours d’une vie ? C’est un renversement total du « dogme », une vraie révolution. Dommage que l’intégralité du cerveau n’en fasse autant.
Une controverse qui fait pfuit ?
Les études se poursuivent et confirment, depuis presque 30 ans, l’existence de la neurogenèse. Mais on n’a jamais suivi des patients sur 50 ans pour vérifier. D’un autre côté, on l’a constaté aussi sur les personnes âgées donc, il n’y a pas débat.
Si.
Une étude dissidente très sérieuse avait conclu à l’inexistence de la neurogenèse après l’âge de 13 ans. Ce qui a fait polémique. Le débat est surtout technique et méthodologique.
Chez l’animal on vérifie expérimentalement la production de nouveaux neurones par l’imagerie. On peut utiliser pour cela une molécule radio active capable de marquer les nouvelles cellules.
Chez l’humain, la majorité des études se font sur des cerveaux post mortem. Les méthodes permettant d’identifier des jeunes cellules (si elles sont jeunes, c’est qu’elles sont nouvelles…) diffèrent. On utilise par exemple un produit concernant des atomes de brome, faciles à identifier à l’imagerie.
Dans tous les cas, les nouvelles cellules incorporent l’isotope ou l’atome de brome. On peut donc repérer et compter les cellules concernées. C’est complexe mais on parvient même à déterminer l’âge des cellules ainsi marquées. Leur date de naissance, en quelque sorte.
L’étude dissidente a encouragé des chercheurs à faire de nouvelles recherches. Lesquelles ont trouvé des jeunes neurones à tous les âges. Le journal du CNRS semble considérer qu’aujourd’hui les débat est clos. Oui, la neurogenèse existe à tout âge, c’est incontestable.
Je sais ce que vous pensez. A l’IRM, on constate souvent un rétrécissement de l’hippocampe à partir d’un certain âge… Tout le monde ne bénéficierait donc pas de ce renouvellement ? A vrai dire, l’argument ne tient pas longtemps. Car les neurones qui meurent sont beaucoup plus nombreux que ceux qui naissent. De plus, le volume de l’hippocampe n’est pas dû uniquement aux neurones. La quantité des connexions y est pour beaucoup.
Et quelques certitudes
Il est solidement établi, en effet, que certains facteurs influencent cette neurogenèse.
Plusieurs habitudes de vie la favorisent :
- L’activité physique, en particulier aérobie, stimule la production de nouveaux neurones et améliore leur intégration dans les réseaux existants.
- Le sommeil, indispensable à la consolidation des souvenirs, soutient également les processus de renouvellement neuronal.
- La stimulation cognitive encourage la survie et la maturation des nouveaux neurones.
A l’inverse, certains facteurs ont un impact nettement négatif. Le stress chronique inhibe la neurogenèse et fragilise les circuits hippocampiques. De même, dans la maladie d’Alzheimer, la production de nouveaux neurones est fortement altérée, ce qui contribue à la dégradation progressive des fonctions mnésiques.
Mais on peut adopter des habitudes de vie qui à la fois éloignent l’Alzheimer tout favorisant la neurogenèse. L’hippocampe est l’un des rares territoires du cerveau où le renouvellement neuronal est possible et il se trouve que ce processus est profondément sensible au mode de vie.
Cela veut dire qu’on peut l’influencer avec de l’activité aérobie, un sommeil préservé, et de la stimulation cognitive.
Si vous êtes zen, pas soumis au stress, il se pourrait que vous puissiez « rajeunir » votre hippocampe.
6. Quand l’hippocampe est endommagé
Certaines pathologies illustrent de manière particulièrement claire le rôle central de l’hippocampe. C’est le cas en premier lieu de la maladie d’Alzheimer. Dans cette maladie, l’hippocampe est systématiquement l’une des premières structures touchées.
Cela, essentiellement par l’accumulation de plaques amyloïdes et d’enchevêtrements de protéines Tau (voir les dossiers de l’Inserm et de la Fondation pour la Recherche Médicale).
D’où ces deux symptômes caractéristiques des débuts de la maladie :
- la désorientation spatiale : perte de repères, difficulté à retrouver son chemin, même dans des lieux familiers.
- les troubles de la mémoire récente : difficulté à retenir de nouvelles informations, à se souvenir d’un événement récent.
Les premières manifestations d’Alzheimer confirment donc le rôle de l’hippocampe dans la navigation spatiale et le mémoire épisodique.
Le trouble de stress post-traumatique constitue un autre exemple éclairant. Dans ce cas, les souvenirs traumatiques ils surgissent de manière intrusive, comme s’ils étaient présents « ici et maintenant ». Ils ne sont plus contextualisés dans le passé. Le stress abîme l’hippocampe qui ne parvient plus à contextualiser.
Dans l’épilepsie temporale, on observe fréquemment une sclérose hippocampique, c’est-à-dire une perte de neurones et une altération de cette structure. Outre les crises, cela donne aussi des troubles de la mémoire.
Dans la dépression, on observe souvent une diminution du volume de l’hippocampe. Dans la schizophrénie, on constate également des anomalies. Et bien sûr des troubles cognitifs et mnésiques.
Ces différentes pathologies confirment, s’il en était besoin que l’hippocampe est à la fois essentiel et vulnérable. Lorsqu’il est altéré, ce sont des fonctions fondamentales, se souvenir, se repérer, donner du sens au vécu, qui se trouvent directement impactées.
On peut dire que dès qu’une maladie, quelle qu’elle soit, affecte l’hippocampe, il faut s’attendre à des troubles de mémoire ou à des troubles spatiaux.
7. Comment prendre soin de son hippocampe
Prendre soin de votre hippocampe ? Je suis sûr que vous n’y aviez jamais pensé ! Je reconnais d’ailleurs que c’est un peu étrange de dire « je prends soin de mon hippocampe ». A vrai dire, si vous prenez soin de votre hippocampe, vous ne prendrez pas soin que de lui. Cela rejaillira aussi sur votre santé mentale, votre efficacité dans vos tâches et votre plaisir de vivre.
Pour autant, je conserve l’idée de prendre soin de son hippocampe, vous allez voir que c’est justifié… Rappelez-vous les 3 points du chapitre 5, son hippocampe, on prend soin aussi mais développons un peu. Je vais aussi en rajouter un quatrième.
Les quatre leviers
Bougez régulièrement.
L’activité physique aérobie (marche rapide, course, vélo) est l’un des moyens les plus puissants pour stimuler l’hippocampe. Notez que la marche est une activité aérobie. Des études montrent une augmentation mesurable de son volume d’environ 2 % en un an chez des adultes actifs. Ce sont des études sérieuses qui sont évoquées dans cet article.
Sur le plan biologique, l’exercice favorise la neurogenèse, améliore la vascularisation cérébrale et augmente la production de facteurs de croissance comme le BDNF.
Dormez suffisamment.
Le sommeil n’est pas une simple pause : c’est un moment de travail intensif pour la mémoire. Pendant le sommeil paradoxal, l’hippocampe « rejoue » les expériences de la journée et les transfère progressivement vers le cortex. Un sommeil fragmenté ou insuffisant perturbe directement ce processus de consolidation.
Notez aussi que le sommeil est aussi un moment de nettoyage des déchets métaboliques cérébraux ; le moment des réparations cellulaires, de la synthèse des protéines. Sans oublier le renforcement de ses connexions neuronales.
Bref, il est plus important qu’il ne le parait de protéger son sommeil.
Stimulez votre cerveau.
L’hippocampe est particulièrement sensible à la nouveauté. Apprendre une langue, lire régulièrement, changer ses habitudes, explorer de nouveaux environnements, modifier vos itinéraires : autant de situations qui renforcent les circuits hippocampiques.
À l’inverse, la routine appauvrit la stimulation et limite ces mécanismes d’adaptation. Elle est un peu inévitable. Mais pas toujours. C’est surtout qu’on habitue à faire toujours à peu près la même chose. Pour changer, il faut parfois se forcer. Ou se lancer des petits défis.
Par exemple, vous ne faites jamais la cuisine ? Eh bien obligez-vous à faire un coquelet à la normande. Vous devrez trouver une recette, préparer les ingrédients et vous mettre au fourneau. Une opération plus multifactorielle que vous ne l’aviez imaginée.
Ou bien vous faites souvent des mots croisés ? Eh bien, essayez donc les mots mêlés. Ou faites des concours de charades en famille. Vous n’allez jamais à la piscine ? Et si vous allez faire des longueurs une fois par semaine ? Chaque cas est particulier.
Soignez votre alimentation.
Une alimentation riche en oméga-3, en antioxydants (fruits, légumes, polyphénols) et inspirée du régime méditerranéen convient bien à la santé neuronale. Elle limite notamment l’inflammation et le stress oxydatif, deux facteurs dangereux pour l’hippocampe.
Cette variante du régime méditerranéen s’appelle le régime MIND. Il n’est pas très compliqué à mettre en œuvre. Il y a juste une liste de 10 aliments à privilégier. Et une autre de 5 aliments à diminuer. Vous augmenter les premiers, vous diminuer les seconds et c’est tout.
La « bonne liste » comprends : légumes feuilles, légumes racines, baies, fruits à coque, huile d’olive, céréales pâtes et pains complets, poissons, légumineuses, volailles et thé vert. La » mauvaise liste » est constitué par : beurre ou margarine, fromages, viande rouge, fritures, pâtisseries ou sucreries.
Des études longitudinales ont montré que selon le degré d’adoption du régime on obtient des résultats gradués. Par exemple une réduction du risque de maladie d’Alzheimer jusqu’à ~50 % en cas d’adhésion stricte. Ça me parait beaucoup, mais l’étude tient la route.
On note aussi un ralentissement du déclin cognitif. Ce dernier baisse au niveau de celui des personnes âgées de 1 à 3 ans de moins. La seule consommation régulière de myrtilles, fraises ou mures ferait gagner de 1 à 3 ans sur le déclin cognitif.
Ce dernier point est surprenant et je ne miserais pas tout sur les myrtilles. Même si ces dernières ont été mises en exergue par plusieurs études, il est certainement préférable de suivre un programme global. D’autant que MIND semble avoir un effet global positif sur la santé.
En résumé
Discret par sa taille, l’hippocampe se révèle pourtant au cœur de tout ce qui vous définit. À la croisée de la mémoire, de la navigation dans l’espace, des émotions, il tisse le fil de votre expérience personnelle. Votre sentiment d’identité en découle.
Sans lui, les événements ne s’organiseraient plus en souvenirs ; les lieux ne seraient plus reliés à d’autres, et le vécu deviendrait une somme d’épisodes indépendants les uns des autres.
Il est, en quelque sorte, le cœur de ce que vous vivez, ce que vous ressentez et ce que vous devenez, le tout assigné à des repères biographiques, temporels et spatiaux.
Ce n’est donc pas seulement un corpus mnésique dont vous pouvez vous souvenir. C’est aussi un corpus qui vous permet d’anticiper. L’anticipation, en effet, ne peut se faire qu’à partir d’expériences vécues dont votre cerveau tire des conclusions.
L’anticipation inclut toujours une phase (certes inconsciente) d’analyse du passé et de comparaison avec le présent et le futur projeté. On pourrait presque dire que votre cerveau calcule les probabilités qu’il se passe ceci ou cela compte tenu des expériences passées.
Car ce n’est pas l’hippocampe qui anticipe l’avenir proche ou lointain et vous fait prendre telle ou telle décision. Mais c’est bien lui qui a traité, organisé, consolidé, la matière mnésique que d’autres parties du cerveau peuvent utiliser pour cela.
Prendre soin de votre hippocampe (oui, ça parait un peu étrange de s’exprimer ainsi), ce n’est pas seulement préserver votre mémoire ou votre capacité à vous orienter. C’est protéger ce qui donne une continuité à votre vie, ce qui relie vos expériences entre elles, ce qui fait votre identité. C’est globalement prendre soin de vous.
bonjour. J’ai lu plusieurs articles qui insistent sur la durée d’exposition de l’hippocampe à une information pour qu’il ait la possibilité de la traiter. Cela devient plus complexe lorsqu’il y a plusieurs information comme l’exemple d’un repas entre amis. il semblerait qu’il y ait une sorte de « file d’attente » qui serait ce que l’on appelle l’empan, et que l’hippocampe a besoin « d’un peu » de temps coder les informations que nos sens reçoivent. Auriez vous une idée de l’éventuelle hiérarchie qu’il ferait dans ces informations, et s’il fait un »choix »? et si oui selon quels critères: intensité? durée? ressemblance avec d’autres informations déjà stockées? je me penche particulièrement sur l’apprentissage de la musique et la répétition, généralement imposée par les professeurs, qui tiendrait, selon leur expérience, le haut du pavé en matière d’efficacité. Si c’est le cas a t’on une idée de l’origine de ce penchant à favoriser les répétitions? merci
Bonjour,
L’exemple que vous donnez est typique de la mémoire épisodique que je préfère toutefois appeler la mémoire autobiographique. Il est difficile de lui associer la notion d’empan. Quand on le mesure chez l’humain, et j’ai dû le faire plus de 1000 fois, on utilise des mots ou des nombres qu’on égrenne régulièrement et qu’on demande au sujet de répéter. Bien qu’on lise partout que l’empan humain serait de 7 informations pouvant être retenues en mémoire pendant quelques secondes ou dizaines de secondes, c’est rarement le cas. On est plutôt entre 3 et 6 selon les personnes. Cela dit on a mesuré un empan pour les choffres et un empan pour les mots. Nous sommes bien incapable de mesurer un empan pour une réusion de famille ou un film. On ne sait même pas avec précision où se passe le codage (sauf chez les souris de laboratoire !). Cela dit, il y a l’observation : on sait que des informations en rafales donnent de moins bons résultats en terme de remémoration que des informations distillées… Donc oui, il y un facteur temps d’exposition. QUnt aux facilitateurs, qui sont des indices de récupérations, les oppositions sont probablement plus efficaces que les ressemblances mais je dis ça à la louche! Le phénomène des univers (c’est ùon vocabulaire, les études scientifiques ne le reprennent pas)c’est probablement un facteur important pour mémoriser et se remémorer. Et enfin, la répétition est une pratiue millénaire (voyez les auteurs de la Grece antique, voyez Cicéron…), qui commence à peine (depuis quelques dizaines drannées chez les experts mais la migration dans le corps social est encore faible) à mettre en exergue la logique, la compréhensibilité, l’organisation de l’information, (c’est là qu’on pourrit faire une hiérarchie d’efficacité) sans pour autant mettre hors jeu la nécéssité de répétition, en musique ou ailleurs.