Le Club Memori
Pour ceux qui veulent comprendre, maintenir et améliorer leur mémoire.
Vulgarisation scientifique, méthodes, trucs et astuces pour bien mémoriser.

La mémoire à court terme laisse passer des informations dans votre mémoire à long terme et renvoie les autres au néant. Évidemment, vous allez me demander pourquoi.

Et puis aussi comment la mémoire à court terme détermine-t-elle ce qui doit aller en mémoire à long terme ou pas ? Que deviennent les informations qui n’y sont pas acceptées ? Est-ce qu’elles s’évaporent totalement ou est-ce qu’il en reste des traces utilisables ?

Est-ce que tout ça est automatique ? Est-ce qu’on peut obliger la mémoire à court terme à passer l’information à long terme ? On dit que la mémoire à court terme ne peut pas traiter plus de 7 informations à la fois. Est-ce que c’est vrai ?

Est-ce qu’on peut améliorer sa mémoire en améliorant l’empan ? Est-ce qu’on peut, d’ailleurs, augmenter l’empan de la mémoire ? Et la mémoire de travail, est-ce que c’est la même chose ?

Etc.

Je vais essayer de répondre à toutes ces questions de façon compréhensible. Commençons par le commencement.

La mémoire à court terme, à quoi sert-elle ?

La mémoire à court terme est le passage obligé de toute information candidate à la mémorisation. C’est aussi le passage obligé pour les informations qui reviennent de a mémoire à long terme. Autrement dit, c’est comme une antichambre qui commande la porte de la mémoire à long terme.

Tout ce qui entre ou sort de la mémoire à long terme passe par donc par cette antichambre. Mais surtout, la majorité des informations qui arrivent en mémoire à court terme en sont virées à peine arrivées.

Elle a un rôle de protection

À première vue, il semblerait donc que son rôle soit de filtrer les entrées. Certaines informations passent à long terme, les autres sont éconduites. L’hypothèse majeure des chercheurs à ce sujet est que sa fonction est de protéger le cerveau. Plus exactement de protéger la mémoire d’un surplus d’informations.

Tout retenir, en effet, n’a pas vraiment d’utilité. Sur votre trajet pour aller au bureau, vous avez croisé des tas de personnes que vous ne connaissez pas. Il y avait peut-être quelques feuilles mortes sur le trottoir. Vous avez entendu le bruit d’un avion en altitude. Etc. À quoi cela vous servirait-il de le mémoriser ?

Elle a une fonction propre

Mais votre mémoire à court terme ne fait pas que ça. Elle a aussi un rôle spécifique : garder des informations en mémoire pendant un temps court, juste le temps que vous les utilisiez. Des informations jetables, en quelque sorte, utilisables une seule fois.  

Par exemple, vous êtes dans une salle d’attente. Votre numéro s’affiche avec le numéro du guichet où l’on vous attend. Cette dernière information restera en mémoire à court terme le temps que vous arriviez au guichet. Ensuite, elle devient inutile. Elle est jetée. Inutile d’encombrer votre mémoire à long terme avec ça.

Elle vous construit

Sans elle votre mémoire à long terme serait vide, elle n’existerait pas. Nous verrons plus bas qu’elle co-construit vos souvenirs en collaboration avec vos mémoires à long terme. Notamment avec votre mémoire sémantique et votre mémoire autobiographique.

Caractéristiques de la mémoire à court terme

Deux sortent du lot : la capacité et la durée.

Capacité de la mémoire à court terme

Cette capacité porte un nom spécial : l’empan. Originellement l’empan était une mesure utilisée en architecture. C’était la longueur comprise entre les extrémités de votre pouce et de votre petit doigt lorsque vous écartez les doigts de la main. De la même manière, il y avait le pouce (la largeur de votre pouce) et la coudée (la longueur entre votre coude et le bout de votre majeur…

Évidemment, personne n’a les mêmes caractéristiques physiques. Il s’ensuit que ces mesures variaient d’une personne à l’autre. Eh bien c’est pareil pour l’empan de mémoire, qu’on appelle aussi l’empan mnésique.

Il s’agit de la quantité d’informations simples que peut contenir votre mémoire à court terme au même moment. On entend souvent dire que c’est 7 informations. Précisons qu’on obtient approximativement cette valeur, en moyenne, lorsqu’on teste l’empan avec des mots ou des chiffres.

Différents empans

Toutefois vous pouvez avoir un empan différent pour les mots, les chiffres, les images, les données visuospatiales etc. La plupart des tests sont toutefois effectués avec des mots ou des chiffres, c’est un grand classique. Ces deux empans sont même intégrés dans les épreuves des tests d’intelligence.

Dans ces tests, on distingue l’empan classique et l’empan inverse. Par exemple vous devez répéter une suite de chiffres que vous venez d’entendre. Dans le premier cas, on vous les demande dans l’ordre de l’énoncé. Dans le second, on vous les demande à l’envers, du dernier jusqu’au premier. Votre empan inverse peut différer de votre empan classique.

Notez que votre empan verbal a varié dans le temps. Il est assez faible dans l’enfance et se renforce avec l’apprentissage de la lecture. Ensuite, à partie de 6 ans, il temps à se stabiliser un peu au-dessous de 7 éléments. Il ne s’agit donc pas d’un chiffre magique, comme on peut le lire parfois. C’est simplement un résultat statistique arrondi au chiffre le plus proche.

Pouvez-vous augmenter la capacité de votre empan mnésique ?

La réponse est apparemment oui. Le mot apparemment étant ici aussi important que le mot oui… Le cas classique serait celui d’une liste. En laboratoire elle peut être présentée visuellement ou auditivement. Dans les deux cas, un mémorisateur aguerri peut largement dépasser son empan habituel…

Mais comment fait-il ?

Si vous lui demandez d’expliquer comment il mémorise, vous comprendrez mieux ce qu’est une unité de mémorisation en mémoire à court terme.

Si dans la liste il y a un seau et une pelle, notre mémorisateur les aura peut-être réunis dans une image unique : un seau avec une pelle dedans. Des pommes de terre et de la morue peuvent faire une brandade. De la même façon, les 10 chiffres d’un numéro de téléphone peuvent être réunis en seulement 5 nombres.

Qu’il s’agisse d’images, d’éléments de vocabulaire ou de nombres, chacun compte pour une seule unité de mémorisation même s’il contient plusieurs informations. Notre mémoire est ainsi faite. Vous pouvez retenir par autorépétition 07 25 48 95 65 mais généralement pas 0 7 2 5 4 8 9 5 6 5…

Dans le premier cas vous avez 5 unités, mais 10 unités dans le second. Ce qui est généralement hors de votre portée. Quoi qu’il en soit, vous avez bel et bien augmenté le nombre d’item que vous pouvez loger dans votre mémoire à court terme. Mais vous n’avez pas augmenté le nombre d’unités de mémorisation que vous pouvez y loger.

Il va falloir vous faire une raison. Que votre empan soir de 5, 6, 7 ou 8 unités (ce sont les valeurs les plus fréquentes avec une mention spéciale pour le 6) il restera a priori toujours le même. Vous pouvez toutefois améliorer la contenance de chaque unité…

Durée de la mémoire à court terme.

Attention cette notion est piégeuse car dans la littérature, il s’agit uniquement de la durée pour des données verbales ou numériques. C’est logique puisqu’on ne fait quasiment pas de tests sur d’autres données.

Donc, pour ces données, la durée de conservation des données est de l’ordre de 10 à 30 secondes. Ce n’est pas pour rien qu’on parle de mémoire à court terme. Cette durée peut varier selon les personnes et selon la nature des informations retenues.

Elle est beaucoup plus faible lorsqu’il s’agit de données sensorielles. En pareil cas, on ne peut même plus parler d’empan tellement la durée est faible. Par exemple la mémoire visuelle est une mémoire à très court terme puisqu’elle ne dure qu’un quart de seconde. La mémoire auditive fait mieux avec ses 3 secondes de rémanence. Mais pas de quoi pavoiser.

Je sais que cela peut vous étonner si vous pensez que vous êtes visuel ou auditif. Il faut donc purger le quiproquo sans attendre.

Si vous préférez apprendre et mémoriser ce que vous voyez ou lisez, ce n’est pas grâce à votre mémoire visuelle. En réalité vous faites subir aux information un traitement par la compréhension de ce que vous lisez.

Il en va de même pour ce que vous entendez, ce que l’on vous dit. Vous faites subir aux informations entendues le même type de traitement par la compréhension que vous en avez.

Dans les deux cas, le stockage se fera notamment dans votre mémoire sémantique qui est une mémoire à long terme. Donc, être visuel ou auditif, par exemple, signifie seulement que vous préférez les entrées visuelles ou auditives. En général nous privilégions presque tous les entrées visuelles. Mais ça n’est pas le cas pour un ingénieur du son ou un parfumeur.

Pouvez-vous augmenter la durée de rétention de votre MCT ?

Par MCT vous devez comprendre mémoire à court terme évidemment. À vrai dire vous cherchez spontanément à l’augmenter. Souvent, même. Eh oui, que faites-vous d’autre lorsque vous vous répétez mentalement une information ?

Le cas classique est celui du code ou du numéro de téléphone qu’on vient de vous donner. Pendant que vous cherchez votre téléphone, vous vous le répétez en boucle pour ne pas l’oublier. Les expériences en laboratoire montrent que plus cette autorépétition est précoce et rapide et meilleure est la tenue dans le temps.

Néanmoins, on ne peut pas dire que vous avez augmenté pour autant votre mémoire à court terme. En fait, chaque répétition « réinitialise » la mémorisation. C’est comme si chaque répétition correspondait à une nouvelle mémorisation à court terme. On appelle ça d’un nom savant : la boucle phonologique.

Mais la durée d’une répétition reste identique à celle qu’aurait obtenu la précédente si elle était allée à son terme.

Malgré le titre aguicheur de certaines promesses d’amélioration de votre mémoire, il semble bien que ce ne soit possible que pour la mémoire à long terme. Sans doute parce que c’est la seule qui fasse subir aux informations un traitement complexe capable de les consolider en mémoire.

La durée de la mémoire à court terme peut certes varier. Mais en fonction de la nature des informations… et de vous. De là à pourvoir l’améliorer… Il semble que pour un individu donné, ce soit une donnée personnelle quasiment constante.

Alors pas d’amélioration possible ?

Si.

Mais cela ne concerne ni la durée ni la capacité en termes d’unités de mémorisation. Cela concerne plutôt la qualité et l’organisation des informations que vous allez entrer en mémoire à court terme. C’est par ce biais que vous obtiendrez des améliorations.

Mais soyons clair, c’est dans votre mémoire à long terme que ces améliorations produiront des effets. C’est d’ailleurs dans l’ordre des choses puisque la mémoire à court terme est la porte d’entrée de la mémoire à long terme. Et puis, entre nous, c’est bien ce que vous souhaitez lorsque vous voulez améliorer votre mémoire : retenir sur le long terme, non ?

La question de l’amélioration revient donc à se demander si l’on peut volontairement soigner la présentation de ce que l’on veut entrer en mémoire. Et oui, on peut. Cela suppose toutefois une intention de mémoriser. C’est comme si vous ajoutiez à l’intention de la mémoire à court terme un tag, une étiquette disant « à passer à long terme svp ».

Ensuite, présenter les informations triées, organisées en catégories est une évidence. Et en restant en dessous de votre empan. Par exemple 5 catégories dotées de chacune 5 sous-catégories… Mine de rien cela vous permet de stocker à court terme 25 informations au lieu de 6 ou 7.

Cela permet à votre mémoire à court terme de collaborer plus efficacement à l’élaboration du souvenir à stocker à long terme. Vous verrez cela dans la section mémoire de travail et dans la dernière section.

Les mémoires collaborent entre elles

Dans l’article précédent, nous avons vu qu’il existe de nombreuses mémoires à long terme. Elles collaborent entre elles. Il y a aussi différentes mémoires à court terme. Il ne semble pas que les mémoires sensorielles collaborent beaucoup entre elles, étant donné leur brièveté. Néanmoins elles sont comme la porte d’entrée de la mémoire à court terme.

Toutefois, le regroupement de plusieurs informations dans une seule unité de mémorisation suppose une collaboration de certaines mémoires. Par exemple remplacer seau et pelle par une image fait intervenir la mémoire imagée. Remplacer morue et pommes de terre par brandade suppose une élaboration faisant intervenir la mémoire sémantique.

Vous ne voyez pas une contradiction dans les termes, là ?

La mémoire imagée et la mémoire sémantique sont en effet des mémoires à long terme ! Que viennent-elles faire dans la mémoire à court terme ?

Dans le cadre d’une expérience de laboratoire l’image de la pelle dans le seau permettra au sujet de rappeler les deux items dans le test. Elle disparaitra probablement ensuite si le test se poursuit avec d’autres listes pendant des heures. Mais peut-être pas.

Je suis même prêt à faire un pari… Si on lui demandait en fin de journée de quels items il se souvient spontanément il est probable que les unités de mémorisation composites auraient la vedette. Mas cela signifie alors qu’elles sont passées en mémoire à long terme.

Comment les mémoires à court et à long terme collaborent-elles ?

Lorsque les différentes mémoires à long terme collaborent entre elles c’est dans le cadre du long terme. En revanche, il semblerait que les mémoires à court terme ne collaborent guère entre elles mais le fassent avec les mémoires à long terme.

Après tout, ce n’est pas si étonnant puisque tout ce qui va dans ces mémoires passe d’abord par le court terme.

C’est une fonction différente de celle qui consiste à maintenir une information pendant un temps court pour une utilisation quasi immédiate. Le temps de composer le numéro de téléphone qu’on vient de vous donner par exemple. À moins d’en avoir besoin par la suite, ce numéro sera oublié.

Toutefois le regroupement d’items dans une seule unité de mémorisation produit des effets autant en mémoire à court terme qu’à long terme.

D’un côté cela améliore la quantité d’information conservable pour un réemploi quasi immédiat. De l’autre, le regroupement a nécessairement sollicité la mémoire à long terme comme on l’a vu avec la brandade. Comment pourrait-on imaginer que, ayant été sollicité, la mémoire à long terme n’en conserve rien ?

Elle en conserve sûrement quelque chose. Ce qui nous amène à considérer que mémoire à court terme et mémoire à long terme ont entre elles une zone de recouvrement. C’est ce que nous allons voir avec un nouveau concept : la mémoire de travail.

Qu’est-ce que la mémoire de travail ?

Dans le sens courant, je trouve ce terme de plus en plus utilisé en lieu et place de « mémoire à court terme ». La plupart du temps dans des articles écrits par des gens qui ne savent pas ce que c’est…

Est-ce la même chose ? Hum…

Jusqu’à présent nous n’avons parlé que de stockage à court terme pour une utilisation légèrement différée. Cela définit très bien la mémoire à court terme. Mais lorsque vous faites un stockage ET SIMULTANÉMENT un traitement des informations stockées, alors vous pouvez parler de mémoire de travail.

Pour moi, c’est une sorte de sous-système de la mémoire à court terme. En voici un exemple évident. Admettons que vous ne compreniez pas l’anglais mais moi si. Vous me demandez de traduire ce que dit votre interlocuteur grand-breton.

Pour traduire en simultané, je commence par traduire ce qui vient d’être dit tout en stockant à court terme la suite pour la traduire ensuite en léger décalé tout en stockant ce qui suit etc.

Vous avez une situation similaire quand vous prenez en note un cours ou une conférence. Vous devez retenir ce que vous entendez pendant que vous notez ce que vous avez entendu juste avant…

Dans tous ces cas, il y a là deux opérations très différentes : le stockage court et le traitement. Il faut donc bien supposer un « espace de travail » commun pour faire des deux opérations quasiment en même temps. On ne saurait mieux l’appeler autrement que mémoire de travail. Et vous voyez que cette mémoire est une sorte de « joint-venture » entre mémoires à court et à long terme.

La mémoire de travail est comme un espace de co-working…

Il y a un cas où cet espace de travail est à l’œuvre et auquel vous ne pensez probablement pas… la lecture ! Lorsque vous lisez une phrase vous devez évidemment vous souvenir du début avant d’arriver au bout. Sinon vous ne comprendriez pas.

Mais vous n’attendez pas non plus d’avoir fini de lire toute la phrase pour la comprendre rétroactivement… En fait, vous enclenchez votre mémoire sémantique au bout de quelques mots seulement et votre compréhension se fait en au fur et à mesure de la lecture.

À vrai dire, les mots que vous lisez sont remplacés en mémoire au fur et à mesure par une élaboration plus globale. Parfois accompagnée d’une sorte de visualisation des situations lues. 

C’est d’ailleurs pourquoi, quand vous avez compris, vous êtes incapable de répéter le mot à mot. Vous utilisez vos propres mots issus de votre propre conceptualisation pour rapporter ce que vous avez lu. En revanche celui qui n’a pas compris aura beaucoup mieux retenu le mot-à-mot… Mais c’est une autre histoire !

Quoi qu’il en soit, retenez ce qui est typique de la mémoire de travail : deux actions simultanées mais en léger décalage.

Il en va ainsi quand vous vérifiez votre monnaie à la caisse. Vous gardez en mémoire votre paiement et le prix demandé. Simultanément vous calculez l’écart et vous vérifiez que le rendu de monnaie lui correspond.

Ou bien quand vous suivez en voiture un itinéraire en ville qu’on vient de vous indiquer. Ou encore lorsqu’un artisan façonne une pièce tout en gardant en mémoire l’endroit où il vient de poser ses outils. Les exemples sont fort nombreux.

La mémoire de travail, c’est à quelle adresse ?

En fait cet espace mental n’a pas de localisation cérébrale dédiée. La seule chose constante c’est la présence de la mémoire à court terme dans la combinaison. Celle-ci a quasiment son siège dans la zone préfrontale et celle de l’hippocampe.

Mais la mémoire à long terme qui lui est associée change selon la nature des informations. Dans certains cas c’est la mémoire sémantique. D’autres fois c’est la mémoire des chiffres ou la mémoire spatiale. À moins que ce ne soit la mémoire imagée…

On sait bien quelles zones du cerveau sont les plus utilisées par ces différentes mémoires. Mais la moindre mémorisation met en branle des millions de neurones.  Elle implique l’activation de nombreux circuits neuronaux parfois très éloignés les uns des autres. Et cela varie d’une mémorisation à une autre même si elles utilisent la même mémoire.

La configuration neuronale n’est donc jamais la même. La mémoire se reconfigure à chaque mémorisation.

En revanche ce qui est commun à tous les cas, c’est le travail de concert entre une mémoire à court terme et une mémoire à long terme. Ce qui implique nécessairement dans tous les cas que l’information traitée (et non pas l’information initiale) pourra loger dans le long terme.

Certes, le stockage à long terme dépendra que l’intérêt que vous y portez. Vous vous souviendrez peut-être du rendu de monnaie. Mais sans doute pas très longtemps. Parce que c’est une information banale sans grand intérêt. En revanche je me rappellerai probablement plus longtemps ce que je vous ai traduit de l’anglais. Parce que la situation était peu banale et qu’elle a éveillé mon intérêt.

Mais, quoi qu’il en soit, il reste que la mémoire de travail est sans doute la vraie porte d’entrée de la mémoire à long terme.

La mémoire à court terme peut-elle s’altérer ?

Oui.

Indubitablement. Il semble qu’elle puisse s’altérer temporairement ou de façon plus permanente.

Les altérations temporaires

Elles sont essentiellement liées aux conditions de mémorisation.

En effet, vous ne pouvez bien mémoriser que dans des circonstances particulières. Au minimum, les informations doivent être claires et vous devez fixer votre attention dessus. Encore faut-il aussi que la quantité d’informations ne dépasse pas votre empan. Dans la vie courante, c’est rarement le cas.

Toutefois ces altérations sont-elles vraiment des altérations de la mémoire à court terme ?

Quand des informations trop nombreuses s’y succèdent rapidement il se produit en effet un phénomène de chasse. Si votre empan est de 6, le 7ème élément peut entrer mais cela chasse le premier. Et ainsi de suite. Et si l’élément chassé n’a pas encore été traité, il est perdu.

Si vous n’êtes pas suffisamment attentif (fatigue, dépression, manque de sommeil…) les informations peuvent être mal perçues, ou comprises partiellement. Vous ferez donc des erreurs, par exemple en retranscrivant au clavier le numéro de téléphone qu’on vient de vous donner.

Les distractions et les interruptions sont également des facteurs de troubles. Des informations étrangères à votre mémorisation en cours font alors irruption dans votre mémoire à court terme. De ce fait votre empan subit le phénomène de chasse évoqué plus haut. C’est pourquoi, après une interruption, il vous faut un moment pour retrouver où vous en étiez. Et parfois tout reprendre à zéro… Le cannabis semble aussi affecter temporairement la MCT. Etc.

Mais personne ne dirait qu’une voiture est déficiente si elle ne peut pas accueillir plus de 6 passagers. Elle est faite ainsi. Personne ne reprocherait à une dactylo d’avoir tapé un courrier indigent si vous lui avez fourni un brouillon indigent et truffé d’erreurs et d’oublis.

Soyons objectifs : ces déficiences se trouvent en amont de la mémoire à court terme. Cette dernière n’y est vraiment pour rien.

Les altérations durables

Elles existent.

Elles sont essentiellement liées aux maladies, aux accidents et au vieillissement.

Accidents et maladies

Nous avons évoqué plus haut le fait que nos mémoires ne sont pas vraiment localisables dans le cerveau. Toutefois la mémoire à court terme est très fortement liée à une activité intense du lobe préfrontal et de l’hippocampe.

On ne sera donc pas surpris d’apprendre que les atteintes de ces zones perturbent la mémoire. Il peut s’agir aussi bien des suites d’un traumatisme crânien que d’une dégénérescence neurologique. La plus célèbre d’entre elles est la maladie d’Alzheimer.

Quoi qu’il en soit, ces atteintes ont des effets sur différentes mémoires. La maladie d’Alzheimer est connue pour s’attaquer d’abord à l’hippocampe. En parallèle on observe une atteinte progressive de la mémoire à court terme et de la mémoire épisodique. Cette dernière est une mémoire à long terme dont la construction (et le rappel des informations) se fait dans l’hippocampe.

Ce dernier est souvent qualifié de siège de la mémoire à court terme mais bien à tort. D’une part il n’est pas le seul impliqué (n’oubliez pas la zone préfrontale) et d’autre part il ne fait pas que ça. Il participe également à la navigation spatiale (d’où la désorientation chez les alzheimériens) et à la mémoire autobiographique (dite aussi épisodique) également atteinte dans cette maladie. Il pourrait être également un inhibiteur comportemental.

Vieillissement

Au-delà de ces « atteintes », il y a cependant une cause d’altération bien plus commune : le vieillissement… Et là, nous sommes tous concernés ! Que voulez-vous, les neurones vieillissent. Avec le temps, les ondes cérébrales correspondant à la mémoire à court terme ont tendance à se découpler.

En terme familier disons qu’elles se déconcentrent, ce qui aboutit à une sorte de « brouillage » cérébral. Cependant cet effet semble limité à une légère diminution de l’empan. Cela a des effets observables dans les conversations. Les personnes âgées peuvent ainsi avoir du mal à vous comprendre si vous parlez trop vite.

Mais il se trouve que l’hippocampe et sa région captent la majorité des nouveaux neurones issus de la neurogenèse. L’effet de brouillage peut donc probablement être contrebalancé par l’intensité de cette neurogenèse, d’autant que les nouveaux neurones semblent affectés en priorité aux nouveaux apprentissages.

Toutefois, c’est vrai, la neurogenèse ralentit avec l’âge. Il n’empêche que, même dans le grand âge, pas mal d’individus ne semblent pas souffrir d’une baisse d’efficacité de leur mémoire à court terme. Statistiquement parlant ce sont des personnes qui ont conservé une activité cognitive régulière et qui ont probablement déjà une bonne réserve cognitive.

Contre le vieillissement : la réserve cognitive

Ce concept récent désigne la résistance au vieillissement et aux pathologies cérébrales. Elle se caractérise par le volume des connexions neuronales et par la flexibilité cognitive.

Le fait d’exercer son cerveau, sa mémoire crée de nouvelles connexions chaque fois que vous abordez un problème nouveau à résoudre ou une activité nouvelle, qu’elle soit physique ou mentale. Vous augmentez alors la masse de vos connexions cérébrales.

Même si vos activités peuvent changer. Si vous variez vos expériences de vie, lisez, pensez, discutez, avez des activités physiques, vous entretenez ou augmentez votre réserve cognitive.

Les personnes routinières et sans curiosité, qui lisent peu, parlent peu, apprennent peu, sont en revanche nettement moins bien dotées.

Il s’ensuit pour vous une résistance bien plus grande au vieillissement cérébral. De plus, si l’on regarde l’âge du diagnostic d’Alzheimer on constate que ceux qui ont été diagnostiqués à l’âge le plus avancé sont ceux qui ont eu le comportement le plus propice à se construire une bonne réserve cognitive.

Le simple fait d’être bilingue, par exemple, et d’entretenir ses deux langues, repousse de 4 ans l’âge moyen du diagnostic d’Alzheimer. Le fait d’avoir une activité intellectuelle non routinière (pas que des mots croisés !), de s’oxygéner, d’avoir des liens sociaux, de se confronter souvent à la nouveauté etc. vous donne encore des années de répit supplémentaires.

Cette résistance ne concerne évidemment pas spécialement la mémoire à court terme qui est l’objet de cet article. Et ne concerne pas uniquement la résistance à la dégénérescence cérébrale. La réserve cognitive préserve plus généralement l’agilité mentale, la mémoire et la qualité de la vie.

La mémoire à court terme vous protège et vous construit

Dans l’article précédent, je défendais l’idée que votre mémoire à long terme, c’est vous. Elle vous représente par l’intermédiaire de l’une de ses composante, la mémoire autobiographique.

J’ai avancé aujourd’hui que votre mémoire à court terme serait une sorte d’agent de sécurité. Elle veille à ce que les circuits de mémorisation ne soient pas encombrés. Elle met les informations sur un siège éjectable. Dès qu’elles ont servi, hop ! éjectées… Et si elles ne sont pas utilisées dans les 30 secondes, idem !

Mais je vous ai aussi montré que, par la collaboration avec les mémoires à long terme, elle vo-construit vos souvenirs. Et non seulement cela mais l’on sait aujourd’hui que l’hippocampe réactive toutes les nuits les circuits qui ont été utilisés pour ces élaborations. Cette répétition, cette révision, a pour effet de consolider les informations en mémoire.

Votre mémoire à court terme est donc plus qu’un simple portier. Elle prend une part très active à l’élaboration de vos souvenirs. Y compris à la construction de votre mémoire autobiographique qui contient toute votre histoire et définit l’individu que vous êtes.

Pour ainsi dire, votre mémoire autobiographique est le résultat de la collaboration de votre mémoire à court terme et de vos mémoires à long terme. C’est peut-être même la continuité ininterrompue de cette construction au fil du temps qui vous donne cette évidence d’être toujours vous à travers tous vos changements.

Quel que soit le souvenir issue de votre mémoire autobiographique, quel que soit l’épisode et son époque c’est toujours vous malgré des âges différents. Le sentiment de permanence de soi résiste aux énormes évolutions de l’avancée en âge, de l’évolution des idées, des changements de comportements au fil du temps etc.

Votre mémoire à court terme vous protège et vous construit.

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La mémoire à court terme vous construit
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La mémoire à court terme vous construit
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