
Non, ne croyez pas que ces plaques puissent améliorer votre mémoire ! Je veux dire qu’il est possible d’améliorer la mémoire, même si vous avez des plaques amyloïdes. Enfin, du moins si vous êtes une souris. Si ce n’est pas le cas, lisez quand même, ça va vous apprendre quelque chose, promis.
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Une étude bizarre sur des souris APP/PS1
D’abord, sachez qu’il existe des souris alzheimériennes. Non seulement il en existe, mais on en élève à la chaîne pour les chercheurs. Voilà que certains de ceux-ci ont eu l’idée d’injecter un truc dans les muscles de ces souris pour augmenter la quantité de cathepsine B qu’ils contiennent.
Ces souris, je le rappelle, ont des plaques amyloîdes et les troubles cognitifs qui vont avec. Si ça ne vous dit rien inscrivez vous comme visiteur bénévole ou stagiaire dans un établissement spécialisé pour les souris âgées, vous verrez. Donc leur taux de cathepsine B augmente. Et… et… et leurs troubles cognitifs diminuent ! C’est pas beau, çà ?
C’est la revue Aging cell, (‘la cellule vieillissante » en langue hexagonale), qui a publié cette étude d’Alejandro Pinto et Henriette van Praag. C’est une revue sérieuse à comité de lecture, qui ne laisse pas passer n’importe quoi. C’est même la revue officielle de la Société Anatomique de Grande Bretagne.
Que prouve cette étude ?
Eh bien, et c’est tout l’intérêt de l’étude, cela prouve que la mémoire ne dépend pas que du cerveau. Une augmentation du taux de cathepsine B, et hop ! nos souris peuvent réussir les tests de mémorisation dans un labyrinthe auxquels elles échouaient lamentablement jusqu’à présent. Bon, pas hop, ça prend quand même du temps.
Mais surtout, ça pause une question : les plaques amyloïdes qui s’accumulent sont-elles vraiment la cause du déclin cognitif dans la maladie d’Alzheimer ?
Par ailleurs, cela montre que le muscle ne peut pas être réduit à un vecteur de force mécanique. En fait quand il fonctionne il produit des tas de messagers chimiques dans le sang. Pas que des déchets métaboliques. Et de la cathepsine B, celle qu’on a augmenté artificiellement dans l’expérience, mais qui est produite naturellement par l’organisme.
Elle a parfois mauvaise réputation car elle peut favoriser les cancers. Mais elle participe aussi à la neurogenèse, c’est à dire à la fabrication de nouveau neurones dans l’hippocampe, cet endroit du cerveau qui est la clé de notre mémoire.
Parmi ces messagers la cathepsine B attire l’attention. Cette protéine, liée à l’effort physique, peut en effet, participer à la neurogenèse, c’est à dire la fabrication de nouveaux neurones dans l’hippocampe. Elle intéresse donc les chercheurs.
Bientôt un médicament à base de cathepsine B ?
Désolé, mais non. Ou alors dans très longtemps . Revenons à nos souris.
Le traitement a mis quelques mois pour produire son effet. Mais, alors qu’elles étaient nulles en mémoire spatiale, les souris APP/PS1 « traitées » ont presque fait jeu égal avec les souris normales de référence.
On ne sait pas encore comment la cathepsine B a pu débloquer les capacités mnésiques de leurs cerveaux dont les cellules sont envahies par les plaques amyloïdes. Mais elle l’a fait. Rappelons-nous que les souris, comme les rats, sont des modèles d’études avant d’expérimenter chez les humains. Il est plausible que la cathepsine B puisse agir chez l’humain. Mais on est encore très loin de la première expérimentation humaine.
En attendant, l’hypothèse de travail, c’est que la cathepsine B favoriserait la production de protéines liées à la plasticité synaptique. Autrement dit, les jonctions entre les neurones, que les plaques amyloïdes saturent jusqu’à ce qu’elles ne fonctionnent plus, seraient réparées par ces protéines. Les signaux passeraient quand même, les connexions pourraient de nouveau « vivre » et se modifier au lieu de péricliter.
Dans une dizaine d’années, on pensera peut-être à envisager des études chez les humains… En effet, la route est longue, entre un résultat d’étude tel que celui-ci et la transposition au genre humain. La très grande majorité des études échouent à pouvoir être transposées.
Mais c’est ainsi que fonctionne la recherche. La vie de chercheur est passionnante, non ?
PS Si l’idée d’articles courts (presque extracourts par rapport à ce que je publie ordinairement) vous intéresse, faites le moi savoir. Pour le moment c’est expérimental.