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Une étude surprenante : on a payé des étudiants 4,75 $ par nuit pour qu’ils dorment au moins 7 heures. Ils ont effectivement dormi davantage et leurs résultats ont légèrement progressé. Mais peut-on en déduire que dormir plus suffit, à lui seul, à améliorer vos performances académiques ? Est-ce intéressant pour vos études ?

Pour favoriser sa réussite universitaire, faut-il toujours travailler davantage ? Pas forcément. Une étude américaine récente sur le sommeil des étudiants confirme un argument en faveur d’une autre stratégie souvent négligée ou ignorée par les étudiants : dormir suffisamment.

Ce n’est donc pas la première étude cherchant à vérifier si la qualité et la durée du sommeil ont une influence chez les étudiants. Généralement on cherche à montrer l’influence du sommeil sur la mémoire ou plus exactement sur la remémoration. Évidemment, meilleure est celle-ci et meilleurs seront les résultats scolaires.

Mais cette fois, c’est un peu différent. Les chercheurs voulaient savoir si une incitation financière pouvait les amener à dormir davantage et, surtout, si cette augmentation du temps de sommeil pouvait se traduire par de meilleurs résultats universitaires.

Les chercheurs n’ont pas un mot pour la mémoire, ce sont les notes qui les intéressent. Vous me direz qu’il y a peut-être un rapport entre les deux, mais pour eux ce n’est pas un sujet. Soit ils considèrent que ça va de soi, soit ils voient la mémoire comme un boîte noire sans intérêt.

Quoi qu’il en soit, l’étude a porté sur 1149 étudiants entre le printemps 2019 et le printemps 2022. Autant dire qu’à 4,75 $ par étudiant, il a fallu un budget conséquent par nuit et il y a eu 20 nuits rémunérables sur 4 semaines. Mon petit doigt me dit qu’en France les chercheurs n’auraient peut-être pas obtenu le budget pour faire l’expérience…

Pourtant, le résultat est intéressant : les étudiants encouragés financièrement à dormir au moins sept heures par nuit ont effectivement davantage dormi et ont obtenu, en moyenne, de meilleurs résultats à l’université. À noter quand même que si les 4,75 $ étaient payés le lendemain, il fallait quand même avoir atteint 7 h de sommeil, ceci étant contrôlé par un bracelet connecté.

L’étude, centrée sur le sommeil des étudiants, a été réalisée à l’université de Pittsburgh. Les participants étaient âgés en moyenne d’environ 19 ans. Ils disposaient tous d’un bracelet connecté permettant de mesurer leur sommeil et d’une application sur leur smartphone destinée notamment à leur rappeler l’heure du coucher et à leur fournir des informations sur leur sommeil. On leur suggérait de se coucher une heure plus tôt que d’ordinaire.

Les chercheurs avaient évidemment constitué un groupe témoin. Non seulement les membres de ce groupe n’avaient évidemment pas d’incitation financière, mais ils ne recevaient pas non plus de SMS pour les inciter à dormir plus ou leur rappeler l’heure du coucher.

L’expérience a duré environ deux mois et demi dont quatre semaines pour connaître le temps de sommeil habituel de chacun et notamment le pourcentage de nuits de 7 heures ou plus. Ensuite, il y a eu les quatre semaines avec incitation financière pour le groupe étudié. L’expérience s’est ensuite un peu poursuivie, sans incitation cette fois.

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Et les résultats ont été assez nets.

Pendant les quatre semaines de l’expérience, les étudiants bénéficiant de l’incitation ont dormi 19 minutes de plus par nuit en moyenne.

Dix-neuf minutes peuvent sembler dérisoires. Pourtant, ce petit supplément a suffi à augmenter de 26 % la proportion de nuits au cours desquelles les étudiants atteignaient au moins sept heures de sommeil. (RCNi Company Limited)

L’intérêt de ce résultat dépasse donc largement la question de ces 19 minutes.

On a constaté, en effet que la récompense immédiate fonctionnait mieux, pendant l’expérience, que de simples rappels (un autre groupe, non rémunéré, recevait quand même les rappels) ou qu’une récompense différée (un autre groupe de l’expérience). La perspective d’un bénéfice concret et immédiat semble donc avoir facilité la modification des habitudes.

Les chercheurs ont en effet observé une amélioration des performances universitaires chez les étudiants ayant bénéficié de l’intervention. Leur performance moyenne dans les cours a augmenté de 0,08 point en moyenne. Précision : elle a augmenté de 0,08 points de plus que celle du groupe témoin.

L’étude ne permet pas de dire que dormir exactement 19 minutes de plus fait gagner 0,08 point de moyenne. L’intervention associait plusieurs éléments : rappels au moment du coucher, informations sur le sommeil et récompense financière. Les chercheurs mesurent donc l’effet de l’ensemble du dispositif, et non celui des seules 19 minutes supplémentaires.

Cette nuance est importante si l’on veut être scientifiquement rigoureux. Par ailleurs, que signifie +0,08 point sur la moyenne semestrielle ? Attention à ne pas raisonner sur des notations sur 20 ! Ici, on parle de notes moyennes sur… 4 !

La moyenne de référence était de l’ordre de 3,5 sur 4. Les étudiants testés sont arrivés à 3,58. C’est vaguement comme si en France on passait de 14 à 14,32. Attention, ce n’est pas vraiment ça car il n’y a pas de correspondance mathématique entre les systèmes de notation américain et français, mais c’est pour vous donner une idée.

Pas extraordinaire a priori, mais mesurable : si l’on transpose une échelle de 0 à 20, cela représenterait + 0,4 point. Soit, si vous préférez, une amélioration de 2 %. Mais c’est plus spectaculaire à Pittsburgh puisqu’avec une note maximale de 4, la note 3,58 se rapproche très visiblement de la note plafond, ce qu’on ne retrouve pas dans mon extrapolation à la française.

Cela étant, Pittsburgh est une université de très haut niveau. Et même, si elle ne sélectionne pas sur les notes, on ne s’y inscrit que si on a déjà un niveau élevé au lycée. Elle recueille donc de très bons éléments. Or, gagner 0,08 point est plus difficile quand on est proche du maximum, que gagner 0,08 point quand on est proche du zéro… L’amélioration obtenue est donc loin d’être négligeable.

Dormir n’est pas une interruption de l’activité cérébrale. Pendant la nuit, le cerveau poursuit un important travail de traitement des informations acquises au cours de la journée.

Le sommeil intervient notamment dans la consolidation de la mémoire : certaines informations nouvellement apprises sont progressivement stabilisées et intégrées aux connaissances déjà présentes en mémoire.

Or, apprendre un cours ne consiste pas seulement à le comprendre ou à le relire plusieurs fois. Pour pouvoir le retrouver plus tard, notamment lors d’un examen, les informations doivent être suffisamment consolidées. Cela se passe pendant le sommeil.

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La plupart des études pointent plutôt la diminution des résultats lorsque le sommeil n’est pas bon et/ou insuffisant. Contrairement à l’étude de Pittsburgh qui constate un petit mieux avec un peu plus de sommeil, la plupart montrent un gros déficit avec moins de sommeil.

Ce qui en ressort, selon moi, c’est que les étudiants étudiés n’étaient pas trop loin d’un sommeil satisfaisant pour les performances académiques. Et qu’une diminution de sommeil de 19 minutes, en symétrie avec les 19 minutes supplémentaires de l’étude, aurait probablement eu un effet dyssimétrique. Autrement dit, la baisse des performances aurait probablement été très supérieure à 0,08 point.

Par ailleurs, le sommeil participe également au maintien de bonnes capacités d’attention et de concentration. Un étudiant qui manque de sommeil voit donc ses capacités cognitives baisser. C’est certainement la raison majeure des difficultés de mémorisation qui impactent ensuite toute la chaîne de la mémoire, jusqu’à la remémoration, et possiblement la réussite universitaire.

On doit donc considérer le sommeil comme une étape à part entière de l’apprentissage. De ce fait on doit aussi se poser la question suivante : de combien d’heures de sommeil a besoin un étudiant ? Des études donnent des évaluations variables, mais aucun organisme spécialisé dans le sommeil n’a émis de recommandation en dessous de 7 heures par nuit.

Or, le manque de sommeil chez les étudiants est une réalité bien documentée. Leurs nuits de 7 h ou plus sont souvent minoritaires. C’est certainement une des raisons qui ont poussé à faire des études sur le rapport entre le sommeil et les performances académiques.

Imaginez un étudiant qui hésite entre deux stratégies la veille d’un examen.

La première consiste à continuer à réviser très tard, au prix d’une nuit raccourcie. La seconde consiste à arrêter un peu plus tôt et à préserver son temps de sommeil.

La première stratégie donne l’impression de « travailler plus ». Pourtant, ce supplément de travail sera de mauvaise qualité si vous êtes fatigué. De plus, la consolidation nocturne sera moins bonne si vous dormez moins. Finalement, l’avantage escompté n’existera pas et vous aurez probablement moins de ressources disponibles pour le lendemain.

Moralité de l’affaire :

  • Si vous êtes proche de vos sept heures de sommeil par nuit, vous obtiendrez un petit plus en atteignant ou en dépassant cette valeur.
  • Si vous en êtes loin, vos performances sont dégradées par rapport à ce qu’elles pourraient être. Vous aurez donc une nette amélioration en atteignant ou en dépassant cette valeur.

Je suis perplexe. S’il s’agissait de prouver que le sommeil améliore les performances académiques, c’est un peu raté. Certes, il y a eu un peu d’amélioration. Pour rappel, l’équivalent apparent de 0,40 point de mieux dans l’échelle de notation sur vingt. Mais comme je l’ai déjà dit plus haut, ce n’est pas exactement comparable.

Mais il y a un os : on ne peut pas être sûr du tout que cela soit dû aux 19 minutes gagnées. En effet, il faut tenir compte de l’ensemble du dispositif. D’autres éléments ont certainement pu jouer un rôle. Notamment :

  • Faire partie d’une expérimentation
  • Acquérir une meilleure connaissance de son sommeil (les 4 premières semaines de mesures).
  • Être payé
  • Recevoir des notifications, des rappels tous les jours

Les chercheurs ne sont pas en mesure de dire la part de chaque élément dans les résultats obtenus. Ils le disent d’ailleurs eux-mêmes… Alors quel était le but de l’étude ? J’avoue que je ne le vois pas.

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Outre la petite amélioration, on a constaté qu’une partie de l’effet s’est maintenue : un mois après la période payée, les étudiants concernés dormaient encore environ huit minutes de plus par nuit que le groupe témoin. On ne sait malheureusement pas ce qu’il en est advenu ensuite puisque l’étude s’est arrêtée là.

On voit bien qu’une incitation extérieure peut contribuer à modifier temporairement un comportement. On a donc appris qu’on peut changer un comportement avec une incitation financière. J’ai un peu l’impression qu’on enfonce une porte ouverte.

De plus l’expérience s’est arrêtée trop tôt pour savoir si l’amélioration en termes de temps de sommeil a continué à décroître ou pas. On a donc peu appris. Il aurait été intéressant de poursuivre l’expérience plus longtemps sans incitation.

Apparemment la finalité de l’étude n’était pas de vérifier si en les payant on pourrait améliorer leur mémoire. Un peu plus clairement sans doute de vérifier si en les payant ils changeraient de comportement. Cela est bien le cas, mais la réponse à cette interrogation paraissait assez prévisible. Officiellement, c’était plutôt de vérifier si le dispositif provoquerait une amélioration de la moyenne générale.

Mais le paiement est noyé dans d’autres éléments du dispositif (par exemple les rappels par SMS) et on ne peut rien conclure isolément concernant l’effet d’être payé sur les résultats universitaires

Est-ce que payer les étudiants était une façon d’obtenir des « cobayes » qu’on n’aurait pas pu obtenir autrement ? Il ne le semble pas puisque le groupe témoin non payé était composé de 380 étudiants. Il était donc possible d’en recruter sans incitation financière. De ce fait, je ne vois pas l’intérêt d’en avoir payé certains.

Ce qui manque donc dans cette affaire, selon moi, c’est une expérience avec un groupe témoin similaire (on étudie leur sommeil mais ils restent passifs et n’ont pas d’objectif de changement) et un groupe incité à augmenter son temps de sommeil avant le départ de l’expérience mais sans incitation supplémentaire pendant l’expérience.

En éliminant l’aspect financier et les rappels, on n’aurait qu’une seule variable différenciant les deux groupes pouvant expliquer l’amélioration obtenue… ou pas ! A vrai dire je ne suis pas très optimiste sur le fait que le groupe incité une fois pour toutes au début brillerait ensuite par sa détermination à dormir plus longtemps… Mais au moins on en aurait le cœur net.

On pourrait aussi envisager de comparer un groupe payé et incité à un groupe seulement incité. Mais, dans ce cas, sur une longue durée en contrôlant la moyenne générale pendant plusieurs semestres après la fin du paiement.

Mais tout ça, ce sont des plans sur la comète. En fin de compte le seul intérêt que je vois à cette expérience telle qu’elle est, c’est de m’avoir fait écrire cet article pour rentabiliser le temps que j’ai passé à l’étudier !

Rappel utile :

  • Si vous êtes assez près de sept heures de sommeil par nuit, vous obtiendrez un petit plus en atteignant ou en dépassant cette valeur.
  • Plus vous en êtes loin, plus importante sera l’amélioration en atteignant ou en dépassant cette valeur. Et même si vous ne l’atteignez pas, il y aura quand même une amélioration mesurable.

P.S. Pour en savoir plus sur l’impact du sommeil sur la mémoire (ce qui n’est pas sujet direct de l’expérience de Pittsburgh, voyez mon article sur le sujet. Il date de 2020 mais j’aurais pu l’écrire aujourd’hui.

Sources

Étude originale :
Giuntella, O., Saccardo, S. & Sadoff, S. (2026). Sleep: Educational Impact and Habit Formation. Journal of Political Economy, 134(8), 2313–2361. DOI : 10.1086/740221.

Consulter l’article scientifique original sur le site du Journal of Political Economy

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Article ayant attiré initialement mon attention sur cette étude :
« Payer des étudiants pour dormir davantage : des effets surprenants sur leur scolarité », Ma Santé