Le Club Memori
Pour ceux qui veulent comprendre, maintenir et améliorer leur mémoire.
Vulgarisation scientifique, méthodes, trucs et astuces pour bien mémoriser.

Les indices de récupérations sont certainement peu connus du grand public. Et pourtant, quand bien même vous auriez une mémoire absolue, elle ne vous servirait à rien si vous ne pouviez pas y accéder. C’est comme si vous aviez une immense bibliothèque bien verrouillée, mais pas la clé des verrous… Les clés, ce sont les indices de récupération et les plans de récupération.

Cela ne doit pas vous faire oublier que la mémoire est une chaîne dont le premier maillon neurologique est l’attention et le premier maillon cognitif l’intention de mémoriser. Sans cela, rien ne rentre dans le système. Le rappel, lui, c’est le dernier maillon. Je vous renvoie à mon infographie pour vous remettre le système en mémoire.

Ici, une petite question de vocabulaire: rappel ou récupération? On dit rappel quand on parle du système en langage courant mais plutôt indices de récupération quand on parle des indices eux-mêmes de façon plus technique. Malgré tout, en vulgarisation, on peut considérer que c’est la même chose.

Qu’est-ce qu’un indice de récupération
(ou de rappel) ?

La définition est très simple: il s’agit d’une information facile à retenir qui vous évoque une autre information plus difficile à retenir. Par exemple, vous n’avez peut-être jamais retenu que Napoléon était né en 1769. Mais, si vous aviez remarqué qu’il avait 20 ans à la révolution française, sa date de naissance vous serait définitivement connue.

Pourquoi ?

Parce que les chiffres sont toujours difficiles à retenir. Ils n’évoquent rien d’autres qu’eux-mêmes. Sauf quand ils ont un “physique” remarquable (333, 100, 1221 par exemple) ou quand ils sont reliés à un événement très connu.

Or, 1789 est un chiffre archiconnu. Il est probable qu’aucun français ne l’ignore. Et “20 ans” est assez marquant aussi. Pas seulement à cause de la chanson “on n”a pas tous les jours 20 ans”, pas seulement parce que c’est un chiffre rond. Et pas seulement, non plus, parce que le recensement, puis le service militaire ont été longtemps fixés à 20 ans. Mais, inconsciemment, probablement pour un peu tout ça. En tout cas, c’est un âge qu’on fête et qui a du sens pour chacun d’entre nous.

Du coup, “20 ans avant la révolution” est très facile à retenir. C’est donc un excellent indice de récupération pour retrouver la date de naissance de Napoléon. Ou un indice de rappel si vous préférez.

De quelle nature sont les indices de récupération ?

Ma foi, il y en a pour tous les goûts! Les indices de rappel peuvent émarger à toutes les catégories… Il n’y a pas de limites.

Des repères topographiques (la première rue à gauche après le feu) sont aussi valables que des repères émotionnels (le jour de la naissance de ma fille). Une date historique connue peut vous aider à retrouver le code de votre carte bancaire tandis qu’une phrase clé peut vous faire retrouver une date historique… Il en est de même d’un classement logique ou d’un catégorisation thématique. Le tire d’un roman, une scène imaginée de toutes pièces ou même une odeur peuvent aussi faire office d’indice de récupération. En cette matière, on ne s’interdit rien.

Le seul critère c’est qu’il existe un lien fort entre l’information cible (à retenir) et l’indice. Et encore… Quand on crée une phrase clé, il suffit qu’elle soit suffisamment loufoque ou incongrue pour que cette incongruité même fasse office de lien fort…

Ah oui, et puis autre chose, c’est très important. Le rappel ne peut ramener que ce qui se trouve déjà en mémoire. Autrement dit, ce n’est pas une méthode de mémorisation en soi… Mais rien n’interdit de placer un indice de rappel au moment même de l’apprentissage !

Quelques exemples d’indices de récupération

Un code postal

Quand Victor Hugo est il mort ? Je le sais parce que j’ai un indice de récupération imparable. Si j’étais un fan de Victor Hugo, je saurais que son dernier roman s’intitule “Quatre-Vingt-Treize”. Non, ça n’est pas la date de son décès… L’indice de récupération est dans le lieu où se déroule l’histoire: la Vendée. Ou plus exactement dans le code postal de la Vendée qui est 85. Il est donc mort en 1885.

Evidemment, j’ai fait l’impasse sur 18 car je me doute bien que ce n’est pas 1985… En tout cas, ici, l’indice de récupération est 85 mais il lui même amené par l’indice Vendée, lui-même propulsé par l’indice dernier roman…  Autrement dit c’est une suite d’indices de récupération ou un indice à tiroirs… Peu importe, du moment qu’on obtient le résultat espéré.

Un code postal peut aussi vous aider à retenir un code de carte bancaire ou un digicode, par exemple.

Une information familiale

D’ailleurs, je ne retiens pas cette date de cette façon-là. Pas du tout. En fait, j’ai toujours su que mes grand-parents maternels étaient nés en 1895. Etant enfant, cela me frappait de penser que c’était au siècle précédent. Et ma grand-mère disait toujours que c’était 10 ans après le décès de Victor Hugo… Et voilà comment je retrouve 1885.

Ici, l’indice est apparemment “10 ans avant la naissance de ma grand-mère”, à la fois familial et chronologique. En analysant un peu, on retrouve là aussi une suite à tiroirs: ma grand-mère amène “1895” et “10 ans après le décès de Victor Hugo”, lesquels combinés donnent 1885. Ces indices en cascade ne sont pas rares du tout.

De manière plus simple, vous pouvez conserver en mémoire le nom de ce monsieur Marion que vous avez rencontré hier parce que c’est le aussi le prénom de votre nièce. Surtout si vous avez fait ce constat au moment même où il vous a donné son nom. On peut parier que vous ne l’oublierez pas.

Une phrase clé

“Les stalagmites montent et les stalactites tombent” est une phrase bien connue pour différencier ces deux types de concrétions. Mais on peut faire des phrases clés pour absolument tout. pour se rappeler dans quel ordre faire une opération de maintenance sans rien oublier, pour retenir une liste de planètes ou les périodes géologiques de l’ère primaire.

Beaucoup de personnes s’y sont collées avant vous. C’est ce qui explique que, pour les matières “scolaires”, vous allez trouver des phrases clés en prêt-à-porter. Pour vos cas personnels, en revanche, vous devrez les fabriquer vous-même. Vous pouvez aussi faire de même si la phrase clé standard en vous convient pas.

Pour les planètes du système solaire, il existe déjà. une phrase clé très usitée: “Me voici tout mouillé, je suis un nageur”. Les initiales donnent Mercure, Vénus, Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune. On voit bien que cette phrase ne vous servira à rien si vous ne les connaissez pas déjà.

Cet indice de récupération souffre de ne pas avoir de rapport du tout avec l’astronomie. Heureusement, elle est assez incongrue pour que ça fonctionne. Mais rien ne vous empêche de faire votre propre phrase clé en lien avec l’astronomie. A titre d’exemple, je vous propose “Messier, vois-tu mes joyaux sur une nova ?”.  Messier étant un grand découvreur de comètes, bien connu des astronomes, même amateurs. Et “nova” évoquant l’espace.

Qu’est-ce qu’un plan de récupération ?

Dans ces exemples, les indices de récupération finaux sont les initiales de chaque mot de la phrase. Cette dernière est donc une sorte de méta-indice, Elle sert, en fait, à conserver les indices dans le bon ordre (en l’occurrence depuis la planète la plus proche jusqu’à la planète la plus éloignée du soleil). On appelle cela un plan de récupération. 

Ce plan  est assez fort pour retrouver la suite des indices de récupération. En revanche, ceux-ci sont plutôt faibles. Une seule lettre pour retrouver une planète suppose d’en avoir une bonne connaissance préalable. Si vous pouvez intégrer les premières syllabes plutôt que l’initiale c’est évidement mieux.

En aéronautique “Fais ton métier pour vivre entier heureux” est une mnémonique pour faire certaines vérifications dans l’ordre indiqué: frein, train (d’atterrissage), moteur, pas (de l’hélice) volets, essence, huile…

Ce plan n’est pas meilleur que celui pour les planètes. Toutefois, il semble qu’ils donnent satisfaction, tous les deux, à ceux qui les utilisent. Sans doute parce que ces derniers ont déjà pas mal assimilé les informations et n’ont plus besoin que d’un petit coup de pouce pour s’y retrouver.

A l’inverse, pour des écrivains du 16ème siècle, un plan de récupération comme “Sur une racine de bruyère, la corneille boit l’eau de la fontaine Molière” est un super plan de récupération… Et pour cause car les indices de récupération se confondent quasiment avec les information à retenir. Il est difficile de faire mieux.

Mais cela peut tout de même s’égaler… Pour retenir les prépositions “à dans, par, pour, en, vers, avec sans, sous, sur…” il suffit de les prononcer pour constater que, là aussi, le plan, vite trouvé, est quasiment infaillible: “Adam part pour Anvers avec cent sous sûrs” !

D’autres exemples de plans de récupération

Une carte

Une carte ne fonctionne comme indice de récupération qu’à condition de ne pas lui demander autre chose que ce pour quoi elle est faite: visualiser des relations spatiales. Ce qui facilitera la récupération en mémoire, mais il y a une condition: qu’elle ne soit pas trop chargée. C’est la même chose pour un schéma. Sinon, ça ne marchera pas.

Le nombre d’éléments doit donc être limités. L’expérience montre qu’il vaut mieux ne pas dépasser six. Et que ça marche mieux encore avec quatre ou cinq…

Quelques exemples

Carte, mauvais indice de récupération

Quelle carte pourra faire office d’indice de récupération pour le contenu ?

A l’évidence, c’est la seconde, à droite, avec ses quatre éléments seulement, bien repérable sur le plan spatial. Vous avez toutes les chances de mémoriser de mémoriser et de rappeler ces quatre information en vous servant de leur disposition spatiale. Vous avez, en effet, une mémoire dédiée aux éléments spatiaux. Vous allez retenir que le Finistère est à gauche de la carte et l’Ille-et-Vilaine à droite tandis que, au milieu, les Côtes-d’Armor et la Morbihan sont superposés.

En revanche, prou les neuf villes de la carte de gauche ce sera impossible. Cette carte reste utile à titre d’illustration.  Mais la présentation de la carte vierge, sans les noms ne vous permettra pas de retrouver les noms. Tout au plus, cette carte pourrait vous servir de support  pour les apprendre par cœur dans le sens horaires par exemple. Mais il y a trop d’éléments et de nombreuses répétitions seront nécessaires.

Maintenant, regardez cette autre carte. Il y a, à la fois, les départements et les chefs-lieux. Donc, apparemment c’est trop/ Mais non, pas ici. Pourquoi? Parce que c’est “catégorisable”. Vous avez une catégorie générale “Bretagne” contenant 4 sous-catégories départements. Ces dernières pourraient contenir elles-même des sous-catégories comme chef-lieu de département (préfecture), cantons et chefs-lieux de cantons. Ici, il n’y a que le chef-lieu de département.

Du point de vue de la mémoire sémantique, vous pouvez retenir une demi-douzaine de catégories, qui en contiendraient une demi douzaine chacune à leur tour. Cela fait, certes, trente-six éléments mais, la catégorisation vous  permet de dépasser la limite de six, indiquée plus haut. Tout simplement parce qu’alors vous utilisez des indices de récupération en cascade. Bretagne amène Finistère, Côtes-d’Armor, Morbihan et Ille-et-Vilaine. Finistère amène Quimper, Côtes-d’Armor amène Saint-Brieuc, Morbihan Vannes et Ille-et-Vilaine Rennes. Ça fonctionne.

(Crédits images  Google Maps et chambre d’agriculture Bretagne Rhône-Alpes Limousin)

Un schéma, un tableau ou une arborescence ?

Pour un schéma, c’est la même chose que pour une carte. Trop chargé, ce sera un mauvais plan…. En revanche,ce ne sera pas le cas si vous utilisez une arborescence ou sa mise en tableau..

Un exemple efficace, mi-tableau, mi-arborescence

Un excellent plan de récupération: classement des animaux

Ici, vous avez 9 notions mais ça passe en raison des catégories. La catégorie vertébrés n’a que 5 éléments, ce qui est excellent. Faire une arborescence de ce genre revient à apprendre en intégrant les indices de récupération dès la première mémorisation. Vous trouvez de tels tableaux sur le site de soutien scolaire  “L’école du dirlo” , excellent et gratuit, qui plus est. J’ai rarement vu un site pareil. Si vous avez des enfants en primaire, allez-y en confiance, les ressources, les quiz et les fiches imprimables y sont innombrables. Mais revenons à nos moutons…

Contrairement aux tableaux et aux arborescences, les “mind map” ou “cartes heuristiques” ne sont presque jamais des bons plans de récupération. En cause: leur foisonnement habituel. Ce sont d’excellents moyens pour jeter des idées sur le papier et commencer à les classer. Mais ça ne vaut pas grand chose pour mémoriser. C’est plutôt le travail de classement associé qui vous y aide, ce qui peut donner l’illusion de son efficacité. .Du coup,  il n’y en a aucune quand vous ne l’avez pas faite vous-même.  Ça ne fonctionne pas comme plan de rappel.

Pourtant, ça pourrait…

Un exemple inefficace pour mémoriser, une mind map trop chargée

Mind map, un mauvais pan de récupération

Par exemple, ici, vous avez 11 sous-catégories. C’est deux fois trop pour être efficace. En revanche, les sous-sous-catégories plafonnent à 3, il n’y aurait donc pas de problème si les sous catégories n’étaient que 5 ou 6. Les tenants du mind map peuvent bien mémoriser dès lors qu’il =s font un intense travail de collecte, de classement et de mise en forme de leur matière. Mais c’est ce travail, en général en mémoire sémantique, qui les aide, pas la carte heuristique…

Cela ne veut pas dire qu’une carte heuristique plus simple ne pourrait pas être un bon plan de récupération.  Si, c’est possible. Mais, à condition de en pas foisonner dans tout les sens. Elle ferait alors jeu égal avec une arborescence classique.

Pourquoi ça ? Parce qu’une mind map n’est rien d’autre qu’une arborescence représentée de façon circulaire. N’importe quelle arborescence peut être représentée en mind maop et vice versa. Tout ça pour dire que les aficionados de la mind map n’ont rien inventé (L’inventeur de arborescence c’est Pierre de la Ramée, au 16ème siècle… .).

En tout cas, une mind map peut être un bon plan de récupération si elle est soumise aux lois ordinaire de la mémorisation. jamais plus de 6 embranchements (de préférence 4 ou 5) et, de préférence, 3 ou 4 sous-branches à chaque branche principale. Avec un niveau supplémentaire, on peut en faire un bon plan de récupération pour 30 ou 40 éléments ! Simplement il faut faire sa carte heuristique dans les règles de l’art. A moins qu’elle en soit purement illustrative, évidemment.

D’autres types d’indices (ou de plans) de récupération ?

Oui, il y en a… Ce sera l’objet d’un prochain article. Suivez le blog…

Sommaire
Indices de récupération: le truc en or pour accéder à votre mémoire
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Indices de récupération: le truc en or pour accéder à votre mémoire
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La meilleur mémoire du monde ne sert à rien si le dernier maillon du système, le rappel, n'est pas au top. Je vous montre ici comment intégrer des indices de rappel ou faire des plans de rappel.
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Le Club Memori