Le Club Memori
Pour ceux qui veulent comprendre, maintenir et améliorer leur mémoire.
Vulgarisation scientifique, méthodes, trucs et astuces pour bien mémoriser.

Comment mémoriser une intervention orale? Que ce soit un exposé, une soutenance, une conférence, un topo professionnel en petit comité ou en salle, un message à délivrer en formation ou un speech pour un pot de retraite, les occasions de devoir parler devant un public petit ou grand ne manquent pas vraiment.

En conférence, ça se traduit souvent par des notes lues tête baissée.

Et moi, je hais les gens qui me causent sans me regarder. Si vous me parlez comme ça, la connexion avec moi est au zéro absolu. En plus, le gars qui fait ça adopte presque toujours un ton monocorde, sans expression;;, Histoire de bien faire comprendre que ce qu’il raconte est sérieux, on n’est quand même pas là pour s’amuser, faut pas pousser.

En entreprise ce sont des “diapos” PowerPoint comme c’est la mode…

Et moi, je hais les diapos telles qu’elles sont pratiquées. En général, il y a trop de choses dessus et comme le type qui les projette continue de causer  pendant qu’on s’escrime à lire et à comprendre, tout se mélange et on ne comprend plus rien et on en retient encore moins. C’est franchement pénible.

Comment mémoriser une intervention orale?

Le pire, c’est que le conférencier est généralement content d’avoir fait  son pensum. Il va demander ensuite “des questions?” et comme tout le monde est endormi ou n’a rien compris, il n’y en aura pas. Il en conclura qu’il  a été vachement bon…

Quant au cadre ou au chef d’entreprise, il est tout aussi content, remarquez.Il ne s’est pas demandé si ça allait aider l’auditoire, du moment que ça l’aide lui, si ça serait mémorisable. Mais enfin quoi, il était beau son PowerPoint non ?

Voilà, maintenant que j’ai un peu craché mon venin, je vais vous faire le topo pour faire des interventions orales, disons entre 10 minutes et plus d’une heure, sans notes, en regardant bien en face vos interlocuteurs.

Comment allez-vous faire ?

C’est simplissime. Pour que vous puissiez mémoriser votre intervention, il faut la bâtir pour qu’elle soit mémorisable… par votre auditoire. Eh oui ! Ça vous en bouche un coin ? Pourtant c’est évident, si vous arrivez à faire mémoriser votre intervention, ça devrait vous la faire mémoriser aussi non ?

Dans l’article « comment mémoriser un cours… et briller à l’oral », j’explique les bases de l’organisation qui fat mémoriser. C’est, a priori, destiné aux lycéens et aux étudiants, mais c’est valable pour tout le monde. D’ailleurs, mes études sont loin, et l’exemple que je vais vous donner est celui d’une conférence d’une heure que j’ai donnée récemment. Sur la mémoire, évidemment. Pas les mains dans les poches, mais sans notes dans les mains. Sans pupitre non plus pour les poser. Ça tombait bien, je n’en avais pas.

Même une conférence d’une heure ?

Oui.

En revanche, j’avais bien préparé mon affaire. Et puis, autant vous le dire tout de suite, je connaissais mon sujet. N’espérez pas mémoriser quelque chose que vous ne connaissez pas ou que vous ne comprenez pas. Heureusement, la plupart du temps, on intervient sur des sujets qu’on connait. Je sais bien qu’à entendre certaines personnes publiques on pourrait se poser la question… Mais bon, c’est de vous qu’il s’agit ici.

Au Congrès de la Mémoire mon intervention a été assez longue, mais ce qui est valable pour une heure l’est tout autant  pour un exposé plus court. Que ce soit dans un cadre scolaire, associatif ou professionnel, il est assez rare qu’on ait à parler plus de 20 minutes d’affilée. Vingt minutes, c’est d’ailleurs quasiment le format  promu pour les conférences TEDx par la Sapling Foundation (18 minutes).

Quelle est la bonne organisation?

Je ne vais pas tout réécrire ici, allez voir un peu les autres articles. Mais rappelez-vous que le meilleur plan de récupération est celui qui contient le maximum d’indices de récupération. Et que ces indices doivent se présenter dans l’ordre dont vous avez besoin. Et le super plan pour ça, c’est l’arborescence. On n’a jamais trouvé mieux. Dites merci à Pierre de la Ramée, c’est lui qui a inventé ça, au 16ème siècle.

Pour que tout soit clair, voici une arborescence classique:

Une arborescence facile à mémoriser

Vous l’aviez déjà vu dans l’article sur les indices de récupération il y a quelques semaines. Ici vous avez un sujet (le monde animal) qui se divise en deux (les vertébrés et les invertébrés) lesquels à leur tout se divisent en plusieurs. Nous pourrions continuer sur plusieurs niveaux.Par exemple, es oiseaux ou les insectes peuvent avoir encore des sous-classes.

L’important, pour vous, c’est de respecter certaines règles. Par exemple de ne pas dépasser trois ou quatre niveaux. Et aussi de vous limiter à 4 ou 5 classes par niveau, à la rigueur 6. Pourquoi? Parce que votre mémoire à court terme est limitée. En moyenne, elle ne peut accueillir qu’un peu moins de 7 unités de mémorisation. Dans l’exemple ci-dessus, vous avez 2 unités au premier niveau, puis respectivement 2 et 5 unités au niveau inférieur. C’est bien. Avec une organisation comme celle-là, vous pourrez météoriser votre intervention. Mais…

Pourquoi cette organisation ?

Il y a plusieurs raisons.

D’abord votre mémoire à court terme. Vous m’objecterez que la MCT (c’est son petit nom) c’est pour mémoriser au départ, pas pour se rappeler ensuite. Ah bon ? Objection votre honneur. Ce qu’on oublie généralement de préciser, c’est que, lorsque vous vous remémorez quelque chose, cela passe de nouveau par la mémoire à court terme… Autrement dit, elle n’est pas au turbin qu’en première ligne entre les perceptions externes et vos circuits cérébraux, mais également en dernière ligne,  entre vos circuits cérébraux et vos perceptions internes.

C’est vrai, votre mémoire à court terme ne peut contenir au mieux qu’une demi-douzaine d’éléments qui ont alors tous des chances de passer en MLT (c’est le petit nom de la mémoire à long terme). Mais, c’est tout aussi  vrai qu’elle ne peut se remémorer qu’une demi-douzaine d’éléments. S’il y en a  2 ou 3 en plus, ils vont en chasser 2 ou 3 autres.

Ensuite, une autre bonne raison c’est que la mémoire classe et trie elle-même les informations. Et que nous disent les recherches à ce sujet? Eh bien, que la mémoire semble bien organiser les informations stockées selon un schéma… arborescent. Donc, si vous utilisez un tel schéma, vous caressez votre mémoire dans le sens du poil, si j’ose dire. Donc, vous mémoriserez plus facilement votre schéma. Ou plus exactement, vous faciliterez l’intégration (Retournez voir ici l’infographie (je l’ai refaite) si vous avez un trou de mémoire…). Toujours est-il que, lorsque vous aurez mémorisé le plan, le déroulé de votre intervention orale coulera de source.

Comment j’ai mémorisé ma conférence

Mémoriser ma conférence ne m’a pas paru pus difficile que mémoriser une intervention de 10 minutes. Et, effectivement, ça ne l’est pas. Il faut juste savoir de quoi on parle. Je ne vous parle pas d’apprendre votre sujet. Je présuppose que vous le connaissez. Vous seriez en mesure de répondre à toutes les questions qu’on vous poserait dessus. Votre problème ce n’est pas ça. Votre problème, ou votre inquiétude, c’est plutôt de ne rien oublier… Et, accessoirement, de donner les informations dans le bon ordre pédagogique.

Vous allez trouver ci-dessous l’intégralité de la seule chose que j’ai apprise avant de me présenter devant mon auditoire. Vous allez voir qu’il y a 6 chapitres et que chacun comporte entre 3 à 4 sous-chapitres. Lesquels ont parfois 1 à 3 subdivisions. Je vous laisse regarder.

L'arborescence pour mémoriser ma conférence

Ce sont les sous-catégories (en blanc) qui ont encore 1 à 3 subdivisions, mais je ne les ai pas représentées ici pour que le tableau reste lisible. Je n’ai d’ailleurs fait ce tableau que pour vous montrer la structure arborescente. Cette structure, c’est aussi celle de votre disque dur. Vous en trouvez aussi une du même genre  en consultant la table des matières de votre encyclopédie préférée.

En réalité je ne me suis pas préparé avec un tableau, mais avec une table des matières, que je vous montre ci-dessous. C’est un peu plus complet. Pour une heure d’exposé, ça tient sur seulement une page et demie…

Ma table des matières

MÉMOIRE ET LANGAGE
• Préhistoire : la mémoire est la première habileté cognitive.
• Présentation de Branag, dépourvu de mémoire verbale, sémantique ou lexicale…
— mais qui mémorisait pourtant, oui mais comment ?
• Présentation de Wanda, née dans le langage et pourvue de mémoire verbale…
— et qui mémorise autrement…
• Les effets de l’expansion de la mémoire

MÉMOIRE ANIMALE
• Une mémoire sans langage
• Des bourdons apprennent à jouer au foot
—Comment s’adaptent-ils à la nouveauté ?
—Équivalence chez l’Homme
• D’autres prouesses de mémoire animales, Emma et Ayumu.

MÉMOIRE VÉGÉTALE
• Comment les radis et les plants de tabac mémorisent-ils et réagissent-ils aux agressions ?
• Pourquoi le mimosa pudica reste-t-il zen malgré tous les efforts d’une chercheuse australienne ?
— Équivalence chez l’homme : quand la baignoire déborde … ou pas.
— L’apprentissage non associatif.
• De l’actine et de la myosine dans les racines…
• De drôles de « neurones » connectés,
— transmission d’information, réaction défensive et modification de l’expression
génétique (épigénétique) chez l’arabette des dames…

DEUX MÉMORISATEURS PRODIGES
• La mémoire de Solomon Veniaminovitch Cherechevski.
—Les synesthésies selon Luria
—Inhibition de la mémoire sémantique.
• La mémoire de Daniel Tammet
• L’effet des synesthésies sur la mémoire

L’EFFET BOUBA / KIKI
• Test en salle
• Extension aux prénoms
• L’hypothèse du professeur Ramachandran
• Une autre hypothèse

LA MÉMOIRE AUJOURD’HUI
• Comment ça marche chez vous et moi ?
— La séquence neurologique
— La séquence cognitive
• Que pouvez-vous contrôler ?
— Les effets de la séquence cognitive sur la séquence neurologique.
• Le problème de mémoire le plus fréquent.
• Test « en live » des 6123 jours…

L’analyse

En résumé, nous avons là 6 chapitres et 22 sous-chapitres. Plus 12 subdivisions. Ce qui fait quand même 40 contenants à retenir. Cela peut vous paraître beaucoup si vous n’avez pas l’habitude. En fait, ça coule de source.

Regardez, en effet, le premier chapitre consacré à l’interaction mémoire et langage. J’y montre que la mémoire était là avant le langage, car sans elle il n’y aurait pas eu de survie. Je présente ensuite un personnage fictif avant le langage (Branag) et j’imagine comment il mémorisait. Puis un autre personnage fictif après le langage (Wanda) et j’examine sa façon de mémoriser. Et enfin à partir de l’extension de la mémoire, je conclus qu’elle a permis la culture et les civilisations.

À aucun moment il n’y a de rupture de mon continuum de pensée. Je n’ai donc pas eu vraiment à mémoriser 4 sous-chapitres séparément. Une fois que le contexte a été brossé, je sais que j’ai deux personnages et leur façon de mémoriser à présenter, et qu’une fois cela fait j’ai une conclusion à en tirer. Chaque sous-chapitre amène naturellement le suivant. Je ne vois vraiment pas comment j’aurais pu oublier de brosser le contexte, d’oublier soit Branag, soit Wanda, ou encore oublier de conclure sur l’effet civilisateur de la mémoire ! C’est une histoire que je raconte avec des éléments qui s’enchaînent automatiquement.

Je pourrais vous faire la même démonstration pour les autres chapitres. Chacun d’entre eux durait entre 8 et 12 minutes, soit environ une heure en tout.

Je vous invite dans les coulisses

Apprendre à élaguer

Si vous êtes amené à faire une intervention en temps limité méfiez-vous, ça dure toujours plus longtemps qu’on ne l’imagine. Il faut élaguer et tester son discours. Pour ma part, muni du plan que vous venez de lire (je ne l’avais pas encore mémorisé vraiment), j’avais d’abord présenté ma conférence à un auditoire réduit. Vraiment très réduit, puisque seul Hector y a assisté.

Pour être complet, je dois vous dire que j’avais d’abord écrit tout ce que je voulais dire. Ça faisait une grosse vingtaine de pages et je me doutais bien que c’était trop. J’ai donc dit mon texte (et non pas lu) à Hector assez lentement et avec conviction, avec la gestuelle, comme si j’étais en public. Verdict: 1 h 30 ! Je savais donc qu’il me fallait enlever un tiers du texte. J’ai rogné un peu et j’ai recommencé plusieurs fois jusqu’à ce que le timing soit bon. Aujourd’hui, je suis très fier de vous dire qu’Hector est le chat qui en sait le plus au monde sur la mémoire…

Quand vous vous faites trop long, le plus simple est de regarder le nombre de mots indiqué par votre traitement de texte (en bas à gauche avec Word). Vous faites la règle de trois pour savoir sur combien de mots vous devez vous régler. Ensuite, vous élaguez un peu partout jusqu’à ce que la bonne jauge soit atteinte. C’est un truc de journaliste, c’est comme ça qu’ils font quand on leur demande de réduire dans, l’urgence à cause d’une actualité imprévue.

Apprendre à “réviser”

Ensuite, ça n’était pas fini… À partir de là, j’ai fait mes résumés comme un bon élève. J’ai dit au début que l’arborescence est le meilleur plan de récupération qui soit. C’est vrai, mais il y a un ex æquo: le résumé! Et comme je suis un assez bon élève de moi-même, j’ai fait des résumés de chaque chapitre.

La totalité de ces résumés faisait à peine trois pages. Ce sont ces seules trois pages que j’ai cherché à “apprendre”. Evidemment, pas par cœur ! Je cherchais juste à retrouver la table des matières… Ce travail m’a pris environ une semaine à raison de 2 ou 3 essais par jour. Si j’avais eu plus de temps avant la conférence je les aurais nettement plus espacés. Que voulez-vous, rien n’est parfait…

Je suis parti à Saint-Malo un vendredi, j’ai fait ma conférence un dimanche, j’avais relu le texte complet  (une petite quinzaine de pages) la  veille de mon départ. Une fois sur place, j’ai relu mes résumés la veille de mon intervention. Et enfin le matin du jour J, j’ai relu ma table des matières. C’est tout. Et ça s’est bien passé, merci.

En pratiquant de cette manière, vous constaterez que vous savez tout ce que vous devez savoir. Vous n’avez pas besoin d’apprendre votre sujet que vous connaissez déjà. Vous avez juste besoin de mémoriser le bon déroulé. Cela vous donne une étonnante liberté de ton et, surtout, une bonne connexion avec votre public, quel qu’il soit. Pour obtenir ce résultat, la formule “plan arborescent + résumés” est sans aucun doute la meilleure.

A vous de jouer !

Sommaire
Comment faire une intervention orale sans notes
Titre de l'article
Comment faire une intervention orale sans notes
Description
Pour parler sans notes, il ne faut surtout pas apprendre son texte, mais bien connaître son sujet. C'est différent. En revanche il faut utiliser la bonne méthode. A savoir un plan arborescent et des résumés. Tout est là...
Auteur
Publié par
Le Club Memori