Le Club Memori
Pour ceux qui veulent comprendre, maintenir et améliorer leur mémoire.
Vulgarisation scientifique, méthodes, trucs et astuces pour bien mémoriser.

17 idées fausses sur la mémoire (suite et fin)

J’ai commencé cette série “17 idées fausses sur la mémoire”  en janvier. Curieusement (pour moi) le nombre de personnes désireuses de pister les idées reçues a été moins grand que le nombre de personnes intéressées par “l’attention et la concentration” ou par “Comment mémoriser un cours“.

J’en ai conclu que je devrais être trop lourd. Ou à côté de la plaque. Ou pire: les deux !

J’en étais à quatorze. Qu’est-ce que je fais ? J’abandonne les 3 dernières ? En douce, personne ne s’en apercevrait. Sauf peut-être une ou deux personnes qui ne manqueraient pas de me le reprocher…

Ben non.

Je suis du genre à faire ce que j’ai dit que je ferai. Je vous en ai promis 17, vous en aurez 17 !

Idée fausse n° 15: retrouver une bonne mémoire
c’est long et compliqué

Ça ne tient pas debout.

Où êtes-vous allé chercher ça ?

Votre capacité de stockage est énormissime

D’abord nous avons TOUS une bonne mémoire. Même vous si vous croyez avoir une mémoire de poisson rouge. Votre mémoire est fantastique.

En 2016, l’équipe deTerry Sejnowsk, un neuroscientifique du Salk Institute for Biological Studies à La Jolla, (Californie) évaluait vote capacité cérébrale à plus de 1 pétaoctet. La mienne et celle de ma sœur pareil. Et encore idem pour votre beau-frère et la fille de votre voisine de palier.

C’est la capacité approximative de tout cerveau humain normal. C’est à dire un cerveau qui n’a pas été flingué par la drogue, l’alcool, une tumeur mal placée ou la maladie d’Alzheimer. Si c’est le cas pour votre malheureux cerveau, bon d’accord vous êtes mal.

Sinon, alléluia ! Il y a 10 ans, votre cerveau, on ne vous en aurait donné que 100 000 000 000 000 d’octets ce qui était déjà considérable. Avec le progrès des mesures on a pu rajouter un zéro, soit un pétaoctet.

Ça ne vous dit rien ?

Disons que c’est de l’ordre de la totalité du web, ou en tout cas pas loin.

D’autres chercheurs, plus fantaisistes, ont estimé votre capacité de mémorisation en équivalent d’heures de programmes télévisés… Trois millions d’heures ! Laissez tourner votre téléviseur 24 heures sur 24 pendant un bon siècle et vous aurez une idée de la chose.

Quand bien même vous n’auriez qu’un centième de cerveau ce serait déjà énorme.

Pourquoi croyez-vous avoir des problème de mémoire ?

Là, je suis prêt à parier que votre mémoire a des ratés. Que vous oubliez certains trucs. Que vous vous énervez à chercher à chercher vos clés, votre téléphone ou autre. Je vous ai pourtant montré à plusieurs reprises que votre mémoire n’est pas en cause. Mais plutôt votre déficit d’attention. Votre absence d’intention de mémoriser.

Si vous ne mettez rien dans votre mémoire, ou des informations en mauvais état, pouvez-vous en accuser votre mémoire ? C’est comme si vous mettiez un truc avarié dans le congélateur. Et ensuite vous l’accuseriez d’être mauvais.

Rappelez-vous que la mémoire est une chaîne. Je le répète tout le temps, ici ou ailleurs. Et je crois bien que je continuerai jusqu’à ce que mort s’ensuive. Une chaîne dont la solidité n’est que celle du maillon le plus faible. Je vous rappelle les maillons:

  • perception subliminale de l’information
  • Prise en compte par l’attention et si possible la concentration
  • transmission aux aires cérébrales concernées par l’information
  • stockage
  • intégration à votre corpus de connaissance déjà stockées
  • consolidation involontaire ou volontaire
  • rappel.

A quel niveau se trouve le problème ? La plupart du temps vous êtes défaillant en matière d’attention et de consolidation. Révisez un peu l’article “Les secrets de la mémoire“.

Retrouver votre mémoire ne sera ni long ni compliqué

En fait vous devez corriger deux problèmes.

D’abord, vous ne mémorisez bien que si vous avez l’intention de mémoriser. C’est ce qui vous motive, vous rend attentif, voire concentré. Résultat: du matériau de premier choix pour votre mémoire.

Ensuite, vous avez besoin de renforcer votre mémorisation. C’est ce qui va vous permettre un rappel aisé. Il n’y a aucun mystère: une information répétée, réutilisée, ou dont vous parlez aux autres sera facile à rappeler.

Votre plan d’amélioration

Vous devez retrouver cotre intention de mémoriser. Si votre mémoire semble moins bonne en qu’avant c’est à moitié parce que votre intention de mémoriser s’est affaiblie avec le temps. Pour la retrouver vous devez faire un effort volontaire. Vous devez faire un effort conscient pendant quelques semaines.

Ben oui, ça n’administre pas en intraveineuse. Va falloir vous y mettre.

Ensuite, il faut vous rappeler que la répétition est la mère de la consolidation. Répéter, pour un élève ou un étudiant, ce peut être réviser. Mais aussi utiliser l’information mémorisée.

Si vous faites un numéro de téléphone souvent vous allez le consolider en mémoire. Si vous parlez avec des amis d’un film que vous avez vu c’est la même chose. Si vous relisez un article ou des instructions, c’est pareil. Il existe de multiple façon de répéter et, donc de consolider.

Tout ça vous pouvez le faire dès maintenant. Pas besoin d’attendre demain. Vous avez juste besoin de prendre une décision. Pas de faire un vœu pieu.

Quelques lectures pour vous aider

La méthode en 5 points pour vous concentrer
La méthode infaillible pour bien mémoriser 

Si vous voulez, pour votre culture générale, prendre un peu de hauteur sur la mémoire, je vous suggère cette ressource:
La mémoire en psychologie, selon wikipedia  

Si vous vous y mettez vraiment c’est une affaire de quelques semaines avant de (re)prendre le pli de a mémorisation.

Idée fausse n° 16: Les méthodes mnémotechniques
sont trop compliquée et inutilisables. 

J’ai souvent entendu ça. “S’il faut mémoriser des méthode pour mémoriser, c’est double travail. Déjà que j’ai du mal…”

N’importe quoi !

Est-ce que “mais ou et donc or ni car”  c’est compliqué ? Est-ce que bAbord = gAuche et trIbord = droIte c’est inutilisable ?

Il existe de multitudes de moyens ou de méthodes pour mémoriser. Certes, il y a des méthodes qui demandent un réel effort d’apprentissage. Si vous entendez Ben System, Major System, Palais de mémoire, par exemple, c’est bien le cas. Pour autant ce n’est pas hors de votre portée.

La vérité, c’est que si on nous apprenait ça à l’âge de 10 ans, nous n’aurions aucune difficulté avec ces méthodes. On les aurait apprise comme les tables de multiplication et basta ! On s’en servirait naturellement sans même y penser.

Seulement voilà…

A l école on n’apprend pas à mémoriser.

On n’y apprend même pas à apprendre d’ailleurs, c’est dire.

Alors aujourd’hui c’est un peu tard. Comme dit plus haut: avec le temps votre intention de mémoriser s’émousse. Vous n’êtes plus écolier, collégien ou étudiant. Vous n’êtes plus en mode apprentissage permanent. Vous êtes plutôt en mode roue libre, vous comptez sur vos acquis.

C’est ce qui rend difficile en apparence le retour de votre excellente mémoire… Retrouver l’attention à porter aux choses et se “repasser” mentalement ses apprentissages pour les consolider, on a du mal à s’y mettre. On est rouillé… C’est pareil pour les méthodes mnémotechniques: vous renâcler devant la difficulté apparente de vous remettre à apprendre.

En fait quand on s’y met, c’est le premier pas qui compte le plus. Il appelle le second qui appelle le troisième etc. Ensuite l mouvement est lancé.

Mais vous pouvez vous y mettre à tout âge

Mais, bonne nouvelle, vous pouvez éviter ça ! En effet, on a rarement besoin d’une méthode générique dans la vie courante.

De plus il est très efficace d’inventer soi-même ses moyens mnémotechniques.au cas par cas. Ça, c’est facile et super efficace. La fabrication du moyen se suffit à elle-même pour avoir un excellent rappel.

Vous n’avez pas l’impression de chercher au fond de vous l’intention de mémoriser. Vous n’avez pas non plus l’impression de forcer sur les répétitions. Ça se fait tout seul.

En fait l’intention de mémoriser est là incognito, vous n’y pensez pas, vous ne la voyez pas mais elle est là malgré vous. Tout comme vous “réviserez” mentalement sans vous en rendre compte, les répétitions ne vous pèseront pas.

Abordez la mnémotechnique par la petite porte. Par les “petits moyens” que vous inventerez au fur et à mesure (je vous renvoie à l’article ad hoc pour ça). Ensuite, quand vous serez convaincu, il sera toujours temps pour vous d’aborder les “grandes” méthodes de mémorisation… si vous en avez vraiment besoin !

Idée fausse n° 17: la mémoire, quand on est trop vieux
c’est trop tard, on ne peut plus rien faire

Stupidité!

Et manque d’information surtout.

Figurez-vous qu’on a souvent testé des jeunes et des vieux. Les mêmes tests de mémorisation pour tout le monde. L’égalité quoi. Sauf que, au bout du temps imparti, les performances ne sotn aps les mêmes.

Mais alors là, pas du tout !

En gros, le groupe des jeunes fait un score double de celui des vieux. La cause est entendue: les personnes âgées souffrent d’un déclin cognitif. Irréversible évidement. Quand c’est trop tard, c’est trop tard, on vous le disait bien !

Cassez le mythe du déclin cognitif

Vous savez quoi ? C’est stupide. Heureusement qu’il y a des chercheurs un peu plus curieux que la moyenne. Et si on donnait plus de temps aux deux groupes, ça donnerait quoi ? Eh bien allons-y, faisons-le. Ils l’ont fait.

Premier résultat: les jeunes n’améliorent pas leur score si on leur alloue plus de temps. Et les vieux ? Ben, ils le doublent. Autrement dit, ils font jeu égal avec les jeunots.

La conclusion de tout ça: c’est qu’il existe bel et bien un déclin. Mais il n’est pas cognitif. C’est un déclin de la rapidité de traitement, ce qui n’a rien à voir.

En plus, ça vous donne une piste pour “améliorer” (c’est à dire retrouver) votre mémoire. Un excellent moyen pour avoir votre mémoire au top, c’est de lui consacrer plus de temps.

Autrement dit, d’aller moins vite en besogne. De ne pas vous presser, de prendre votre temps. Faites les choses deux fois moins vite que les autres. Vous mettrez deux fois plus de temps et alors ? Vous ferez jeu égal avec tout le monde.

Alors que si vous continuez de fonctionner à 60 ans comme vous le faisiez à 35 ans vous ferez nettement moins bien. Et ça vous confirmera que vous souffrez d’un déclin inévitable et contre lequel il n’y a rien à faire. Comme vous voyez, cette fausse conviction est née d’une erreur de perspective.

Privilégiez l’hygiène de vie

C’est un des facteurs qui affectent le plus la mémoire et on ne le prend que rarement au sérieux. Les jeunes ne sont pas exemplaire sur ce plan mais ils ont pour eux, la vitalité et surtout ils sont rôdais à l’apprentissage permanent. Du coup ça passe.

Avec l’âge on n’est plus en apprentissage, on vit souvent sur ses acquis. On est moins rapide. Si, en plus, on rajoute des désordres alimentaires, de sommeil, de médicaments divers, du manque d’activité physique etc… ça n’arrange pas le cerveau. Et la mémoire en particulier.

Si vous deviez prioriser, je dirais qu’il vaudrait mieux commencer par oxygéner votre cerveau. Marcher régulièrement. Faire du vélo, même d’appartement. De l’exercice physique, de la natation. Pas forcément beaucoup mais très régulièrement. Il faut vous essouffler un peu pour oxygéner vos neurones.

En deuxième lieu (mais tout compte), rappelez-vous que c’est pendant le sommeil que se fait l’intégration des données mémorisées pendant le jour. Mieux vaut dormir trois bonnes heures tôt et vous lever à 2 heures du matin que l’inverse… A vous de trouver votre rythme.

Pour l’alimentation, fiez-vous aux diététiciens. Une consultation auprès d’un de ces spécialistes devrait vous donner les bonnes bases. Je ne suis pas assez aguerri sur ce point pour vous les donner moi-même, d’autant que cela dépend grandement de votre état général. Chacun son métier.

Conclusion 

Faut-il conclure ? J’avais listé 17 idées reçues mais il y en a peut-être d’autres. En fait peu importe. Elles étaient juste le prétexte à parler de la mémoire. De montrer comment cela fonctionne. A vous donner des pistes d’amélioration. Et quand je dis “amélioration” c’est avec ides guillemets.

Car il s’agit seulement de recalibrer un ou deux maillon de la chaîne et tout redevient… comme avant ! Non, vos capacités n’ont pas baissé. Non, il n’y pas de déclin inéluctable.

Oui vous en fonctionnez plus comme à 20 ans. C’est vrai vous n’êtes plus en mode “étudiant”. Oui vous devez retrouver l’intention de mémoriser.

Et oui, vous retrouverez votre mémoire.